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Fiche de révision

Tous les « À retenir » du cours, dans l'ordre du plan : l'essentiel à garder sous la main.

Pourquoi l'État intervient dans l'économie

Partie I — Les finances publiques · A. Le rôle de l'État

Fil conducteur

La rue de la boulangerie est éclairée, les clients arrivent par le bus, Karim est couvert par l'assurance maladie et Tom a fait ses études à l'université publique. Rien de tout cela n'est vendu par un marché.

En une phrase

L’État intervient pour trois raisons, selon la classification de Musgrave : corriger les défaillances de marché (ALLOCATION), réduire les inégalités (REDISTRIBUTION) et amortir les fluctuations de l’activité (STABILISATION).

Pourquoi c'est important

En France, les dépenses publiques dépassent la moitié du PIB : l’État, les collectivités et la Sécurité sociale sont au cœur de l’économie. La question n’est pas « État ou marché », mais « quelle intervention, pour quel objectif, à quel coût ». Cette grille aide à juger chaque mesure.

Comment ça marche

  • Les ADMINISTRATIONS PUBLIQUES regroupent l’État et ses opérateurs, les administrations publiques locales (communes, départements, régions) et les administrations de sécurité sociale.
  • ALLOCATION : produire des biens publics (défense, justice, recherche fondamentale), corriger les externalités (taxes, normes), réguler les monopoles, informer.
  • REDISTRIBUTION : prélever davantage sur les revenus élevés (impôt progressif) et verser des prestations aux ménages modestes ou exposés à des risques (chômage, maladie, famille).
  • STABILISATION : soutenir la demande en récession, la freiner en surchauffe, par le budget et les stabilisateurs automatiques.
  • L’intervention a aussi ses défaillances : coûts de collecte, distorsions dues aux impôts, pressions électorales, capture par des intérêts particuliers.

Exemple concret

L’éclairage de la rue est un bien public (allocation). L’assurance maladie qui rembourse Karim, financée par des cotisations proportionnelles au salaire, et le RSA versé à un voisin sans ressources relèvent de la redistribution. Les allocations chômage qui augmenteront si l’activité se dégrade en 2026 jouent le rôle de stabilisateur automatique. Une même dépense peut d’ailleurs remplir plusieurs fonctions.

Vocabulaire

  • Administrations publiques : Ensemble des unités dont l’activité principale est de produire des services non marchands ou de redistribuer les revenus, financées majoritairement par des prélèvements obligatoires.
  • Allocation : Fonction de l’État qui corrige l’affectation des ressources lorsque le marché est défaillant.
  • Redistribution : Fonction de l’État qui modifie la répartition des revenus issue du marché, par les prélèvements et les prestations.
  • Stabilisation : Fonction de l’État qui vise à lisser les fluctuations de l’activité, de l’emploi et des prix.

Les chiffres à connaître

  • 57,2 % du PIB : dépenses publiques en 2025 (1 714,1 Md€), parmi les plus élevées des pays développés. INSEE, mars 2026.
  • 932,5 Md€ : dépenses de protection sociale en 2024, soit près d’un tiers du PIB ; la vieillesse-survie en représente environ 46 %. DREES, décembre 2025.

Ce qu'en disent les économistes

Richard Musgrave (1959) propose la distinction des trois fonctions. Adam Smith limitait l’État à la défense, la justice et certains ouvrages publics. Keynes lui donne un rôle actif de stabilisation. L’école des choix publics (James Buchanan, Nobel 1986) rappelle que les responsables publics poursuivent aussi leurs propres intérêts, et que les défaillances de l’État existent autant que celles du marché.

Piège / à ne pas confondre

« L’État » au sens large n’est pas seulement l’État central : la Sécurité sociale pèse plus lourd que lui en dépenses, et les collectivités locales réalisent l’essentiel de l’investissement public. Et une dépense publique n’est pas forcément « improductive » : éducation, santé et infrastructures soutiennent la croissance.

Pour anticiper

Chaque débat budgétaire se lit avec ces trois fonctions : une mesure améliore-t-elle l’allocation, la redistribution ou la stabilisation, et au détriment de laquelle ? En 2026-2027, la contrainte de la dette pousse à réduire les dépenses, au moment où la conjoncture appellerait plutôt un soutien : c’est un conflit direct entre stabilisation et soutenabilité.

À retenir

Trois fonctions (Musgrave) : allocation, redistribution, stabilisation. Administrations publiques = État + collectivités locales + Sécurité sociale. Défaillances du marché et défaillances de l’État.

Impôts et prélèvements obligatoires

Partie I — Les finances publiques · A. Le rôle de l'État

Fil conducteur

Sur une baguette à 1,30 €, environ 7 centimes de TVA vont à l'État. Sur le salaire de Karim, des cotisations financent sa retraite et sa santé. Sur le bénéfice de Léa, il y a l'impôt sur le revenu.

En une phrase

Les PRÉLÈVEMENTS OBLIGATOIRES regroupent les impôts et les cotisations sociales que les agents doivent verser aux administrations publiques ; ils financent l’action publique et redistribuent, selon qu’ils sont proportionnels, progressifs ou dégressifs.

Pourquoi c'est important

La France a l’un des taux de prélèvements obligatoires les plus élevés au monde. Savoir qui paie quoi, et qui supporte réellement chaque impôt, permet de comprendre les débats sur le pouvoir d’achat, la compétitivité et la justice fiscale.

Comment ça marche

  • Deux grandes familles : les IMPÔTS (sans contrepartie directe : TVA, impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, taxe foncière) et les COTISATIONS SOCIALES (ouvrant des droits : retraite, chômage).
  • Impôt PROPORTIONNEL : même taux pour tous (la CSG sur les revenus d’activité, à peu de choses près). Impôt PROGRESSIF : le taux augmente avec la base (l’impôt sur le revenu, par tranches). Impôt dégressif : pèse plus lourd sur les petits revenus (la TVA, rapportée au revenu, car les ménages modestes consomment une plus grande part de leur revenu).
  • Le TAUX MARGINAL est le taux appliqué au dernier euro gagné ; le taux moyen est l’impôt total rapporté au revenu. Avec un barème par tranches, le taux moyen est toujours inférieur au taux marginal.
  • Impôts directs (payés par celui qui les supporte en principe : impôt sur le revenu) et indirects (inclus dans les prix : TVA, accises sur l’énergie).
  • La TVA est le premier impôt en recettes ; l’impôt sur le revenu est payé par environ 45 % des foyers fiscaux, mais tous paient la TVA et la CSG.

Exemple concret

La baguette de Léa est vendue 1,30 € TTC avec une TVA à 5,5 % : environ 1,23 € pour Léa, 0,07 € pour l’État. Si Tom gagne un euro de plus et qu’il est dans la tranche à 30 %, il paiera 30 centimes d’impôt sur cet euro, mais son taux moyen reste bien plus bas, car les premières tranches de son revenu sont taxées à 0 % et 11 %. Passer dans une tranche supérieure ne fait donc jamais baisser le revenu après impôt.

Vocabulaire

  • Prélèvements obligatoires : Impôts et cotisations sociales effectives perçus par les administrations publiques et les institutions européennes.
  • Impôt progressif : Impôt dont le taux moyen augmente avec la base d’imposition.
  • Impôt proportionnel : Impôt dont le taux est identique quel que soit le montant de la base.
  • Taux marginal : Taux d’imposition appliqué à la dernière unité de revenu ou à la tranche la plus élevée atteinte.
  • TVA : Taxe sur la valeur ajoutée, impôt indirect sur la consommation collecté par les entreprises à chaque étape de production et supporté par le consommateur final.

Les chiffres à connaître

  • 43,6 % du PIB : taux de prélèvements obligatoires en 2025, en hausse après 42,8 % en 2024. INSEE, mars 2026.
  • ≈ 212 Md€ de TVA, ≈ 95 Md€ d’impôt sur le revenu, ≈ 157 Md€ de CSG : ordres de grandeur des principales recettes en 2025. Économie Matin, d’après les données budgétaires 2025.
  • 5,5 %, 10 %, 20 % : taux de TVA réduit (alimentation), intermédiaire (restauration) et normal. Code général des impôts.

Ce qu'en disent les économistes

Adam Smith posait quatre règles d’un bon impôt : proportionné aux facultés, certain, commode, peu coûteux à percevoir. Arthur Laffer popularise l’idée que « trop d’impôt tue l’impôt » : au-delà d’un certain taux, les recettes baissent. Thomas Piketty et Emmanuel Saez montrent que la progressivité au sommet s’est fortement réduite dans de nombreux pays depuis les années 1980.

Piège / à ne pas confondre

L’idée qu’on « gagne moins en changeant de tranche » est fausse : seul l’euro supplémentaire est taxé au taux de la nouvelle tranche. Et celui qui verse l’impôt n’est pas forcément celui qui le supporte : la TVA est versée par l’entreprise, mais payée par le consommateur ; une cotisation patronale peut peser, à terme, sur les salaires.

Pour anticiper

Chaque projet de loi de finances (présenté à l’automne) modifie barèmes, niches et taux. Pour en mesurer l’effet, regarde qui supporte réellement la mesure (élasticités) et son rendement attendu. Une hausse des recettes de TVA peut aussi venir simplement de l’inflation, sans hausse de taux.

À retenir

Prélèvements obligatoires = impôts + cotisations : 43,6 % du PIB en 2025. Proportionnel, progressif, dégressif. Taux marginal ≠ taux moyen. TVA = premier impôt. Payer ≠ supporter.

Le budget et le déficit public

Partie I — Les finances publiques · B. Déficit et dette

Fil conducteur

Chaque automne, Léa entend parler du « projet de loi de finances ». Elle se demande pourquoi la France, contrairement à sa boulangerie, peut dépenser plus qu'elle ne gagne année après année.

En une phrase

Le DÉFICIT PUBLIC est l’écart entre les dépenses et les recettes de l’ensemble des administrations publiques sur une année ; il doit être financé par l’emprunt et s’ajoute à la dette.

Pourquoi c'est important

La France n’a pas voté de budget en équilibre depuis 1974. Un déficit peut être utile en récession ou pour investir, mais un déficit permanent accroît la dette et la charge d’intérêts, et réduit les marges de manœuvre pour faire face aux crises futures. Le budget est aussi l’acte politique majeur de l’année.

Comment ça marche

  • Le budget de l’État est voté chaque année dans la LOI DE FINANCES ; celui de la Sécurité sociale dans la loi de financement de la sécurité sociale ; les collectivités votent leurs propres budgets.
  • Le déficit « au sens de Maastricht » porte sur l’ensemble des administrations publiques et se mesure en pourcentage du PIB.
  • SOLDE PRIMAIRE : solde hors charge d’intérêts de la dette. Il montre si les dépenses courantes sont couvertes par les recettes.
  • SOLDE STRUCTUREL : solde corrigé des effets de la conjoncture (et des mesures ponctuelles). Il montre l’effort réel, indépendamment du cycle : en récession, le déficit effectif grossit mécaniquement.
  • Règles : référence européenne de 3 % du PIB ; la France est sous procédure pour déficit excessif depuis 2024. Le Haut Conseil des finances publiques évalue le réalisme des prévisions du gouvernement.

Exemple concret

En 2025, les administrations publiques ont dépensé 1 714,1 Md€ et perçu 1 561,6 Md€ : déficit de 152,5 Md€, soit 5,1 % du PIB. La charge d’intérêts atteint 64,7 Md€, en hausse de 11,2 % : sans elle, le déficit primaire serait d’environ 88 Md€. L’objectif de 5 % en 2026 a été repoussé à 2027, et 54 Md€ d’économies sont évoqués pour le budget 2027.

Vocabulaire

  • Loi de finances : Loi qui détermine chaque année la nature, le montant et l’affectation des ressources et des charges de l’État.
  • Déficit public : Besoin de financement de l’ensemble des administrations publiques sur une année.
  • Solde structurel : Solde public corrigé des effets du cycle économique et des mesures exceptionnelles.
  • Solde primaire : Solde public hors charge d’intérêts de la dette.

Les chiffres à connaître

  • 5,1 % du PIB : déficit public en 2025 (152,5 Md€), après 5,8 % en 2024. INSEE, mars 2026.
  • 64,7 Md€ : charge d’intérêts des administrations publiques en 2025, + 11,2 % sur un an. INSEE, mars 2026.
  • 1974 : dernière année où le budget de la France a été voté en équilibre. Cour des comptes.

Ce qu'en disent les économistes

Pour les classiques, le budget doit être équilibré, comme celui d’un ménage prudent. Keynes admet le déficit en récession, à condition de dégager des excédents en période de croissance, ce que la France n’a pas fait. Olivier Blanchard (2019) souligne que, quand le taux d’intérêt est inférieur à la croissance, la dette coûte peu ; quand il la dépasse, le déficit primaire devient dangereux.

Piège / à ne pas confondre

Déficit et dette ne sont pas la même chose : le déficit est un flux (ce qui manque cette année), la dette un stock (l’accumulation des déficits passés). Un déficit qui baisse signifie que la dette augmente moins vite, pas qu’elle diminue. Et le budget de l’État n’est qu’une partie des comptes publics.

Pour anticiper

Le calendrier : projet de loi de finances début octobre, vote avant la fin de l’année, premiers résultats de l’exécution en mars suivant (INSEE). Suis les avis du Haut Conseil des finances publiques et des agences de notation : une dégradation de la note ou un budget jugé irréaliste renchérit l’emprunt, comme l’ont montré les tensions sur les taux français en septembre 2026.

À retenir

Déficit = dépenses − recettes des administrations publiques (flux). Solde primaire = hors intérêts ; structurel = hors conjoncture. Repère européen : 3 % du PIB. France : 5,1 % en 2025.

La dette publique

Partie I — Les finances publiques · B. Déficit et dette

Fil conducteur

Tom lit qu'« on laisse une dette à ses enfants ». Il se demande si la France pourrait un jour faire faillite comme une entreprise, et ce que cela changerait pour lui.

En une phrase

La DETTE PUBLIQUE est le stock des emprunts des administrations publiques ; elle est SOUTENABLE tant que l’État peut en payer les intérêts et la refinancer sans hausse indéfinie de son poids dans le PIB, ce qui dépend de l’écart entre taux d’intérêt et croissance.

Pourquoi c'est important

La dette française a plus que triplé en proportion du PIB depuis 1990. Sa charge d’intérêts devient l’un des premiers postes de dépenses, au détriment d’autres priorités. Et la confiance des prêteurs, dont plus de la moitié sont étrangers, conditionne le coût de financement de tout le pays, y compris des crédits aux ménages et aux entreprises.

Comment ça marche

  • La dette « au sens de Maastricht » est la dette brute de l’ensemble des administrations publiques, en valeur nominale, rapportée au PIB.
  • L’État ne rembourse pas vraiment sa dette : il la « fait rouler », en réempruntant pour rembourser les titres qui arrivent à échéance. Ce qui compte est sa capacité à continuer de trouver des prêteurs à un taux supportable.
  • Dynamique : le ratio dette/PIB augmente si le solde primaire est déficitaire et si le taux d’intérêt apparent (r) dépasse le taux de croissance nominal (g). Quand r > g, la dette s’auto-alimente : c’est l’EFFET BOULE DE NEIGE.
  • La hausse des taux ne pèse que progressivement sur la CHARGE DE LA DETTE, car seule la dette nouvelle ou refinancée est empruntée au nouveau taux (durée moyenne de plusieurs années).
  • Les agences de NOTATION évaluent le risque de défaut ; leurs décisions et l’écart de taux avec l’Allemagne reflètent la confiance des investisseurs.

Exemple concret

Fin 2025, la dette publique atteint 3 460,5 Md€, soit 115,6 % du PIB. Avec une croissance nominale d’environ 2 % par an et un taux apparent de la dette qui remonte, l’écart r − g se réduit, voire s’inverse. Quand le taux à dix ans français atteint 4,55 % en septembre 2026, chaque nouvel emprunt coûte bien plus que ceux qu’il remplace, contractés à 1 % ou moins dans les années 2010. Pour Tom, cela signifie aussi des crédits immobiliers plus chers : les taux des banques suivent en partie ceux de l’État.

Vocabulaire

  • Dette publique : Ensemble des engagements financiers bruts des administrations publiques (au sens de Maastricht, en valeur nominale).
  • Soutenabilité : Capacité d’un État à honorer ses engagements sans ajustement irréaliste de ses finances.
  • Effet boule de neige : Hausse automatique du ratio de dette lorsque le taux d’intérêt apparent dépasse la croissance nominale.
  • Charge de la dette : Montant annuel des intérêts versés par les administrations publiques.
  • Notation : Évaluation par une agence (S&P, Moody’s, Fitch…) de la capacité d’un emprunteur à rembourser.

Les chiffres à connaître

  • 3 460,5 Md€, soit 115,6 % du PIB : dette publique fin 2025, après 112,6 % fin 2024 ; dette nette : 108,4 % du PIB. INSEE, mars 2026.
  • ≈ 4,55 % : taux de l’OAT à dix ans le 18 septembre 2026, et écart d’environ 105 points de base avec l’Allemagne, un record depuis 2012. Marchés obligataires, septembre 2026.
  • 56,1 % des titres de dette de l’État détenus par des non-résidents. Banque de France, rapport annuel 2025.

Ce qu'en disent les économistes

Carmen Reinhart et Kenneth Rogoff (2010) ont suggéré qu’au-delà de 90 % du PIB la dette pèse sur la croissance ; leur étude, contestée après la découverte d’erreurs de calcul, a nourri un vif débat. Olivier Blanchard insiste sur l’écart r − g plutôt que sur un seuil. La théorie de l’équivalence ricardienne (Barro) soutient qu’une dette n’est qu’un impôt différé, anticipé par les ménages.

Piège / à ne pas confondre

Un État n’est pas un ménage : il ne part pas à la retraite, peut lever l’impôt et s’endette dans la durée. Mais dans la zone euro, il ne contrôle pas sa monnaie : il ne peut pas faire financer sa dette par sa banque centrale, ce qui le rend plus dépendant de la confiance des marchés. Et la dette n’est pas seulement un fardeau pour les enfants : ce sont aussi, pour une part, leurs actifs (assurance-vie placée en obligations d’État).

Pour anticiper

Les trois indicateurs à suivre : le taux à dix ans et son écart avec l’Allemagne, le calendrier des agences de notation, et le solde primaire prévu dans le budget. Si les taux restent durablement au-dessus de la croissance nominale, stabiliser la dette exigera un excédent primaire, donc un effort budgétaire important.

À retenir

Dette = stock ; déficit = flux. 115,6 % du PIB fin 2025. Soutenabilité : solde primaire et écart r − g. La dette se refinance plus qu’elle ne se rembourse. La confiance des prêteurs fixe son coût.

La protection sociale

Partie II — Protéger et redistribuer · A. Les assurances collectives

Fil conducteur

Karim se casse le poignet au travail : ses soins sont remboursés et son salaire en partie maintenu. Sa voisine, sans ressources, touche le RSA. Deux logiques différentes derrière le même mot « social ».

En une phrase

La PROTECTION SOCIALE couvre collectivement les RISQUES SOCIAUX (maladie, vieillesse, famille, chômage, logement, pauvreté) selon deux logiques : l’ASSURANCE, liée au travail et financée par des cotisations, et l’ASSISTANCE, fondée sur le besoin et financée par l’impôt.

Pourquoi c'est important

C’est le premier poste de dépenses publiques en France, près d’un tiers du PIB. Elle réduit fortement la pauvreté et les inégalités, soutient la consommation en récession, mais son financement est sous tension avec le vieillissement de la population.

Comment ça marche

  • Logique d’ASSURANCE (bismarckienne) : on cotise sur son salaire, on reçoit des prestations liées à ses cotisations (retraite, indemnités chômage, indemnités journalières).
  • Logique d’ASSISTANCE : prestations versées sous condition de ressources, sans cotisation préalable (RSA, minimum vieillesse, prime d’activité).
  • Logique universelle (beveridgienne) : prestations pour tous les résidents, financées par l’impôt (remboursement des soins, allocations familiales).
  • Le système français mêle les trois. La Sécurité sociale comporte plusieurs branches : maladie, accidents du travail, vieillesse, famille, autonomie ; l’assurance chômage est gérée par l’Unédic.
  • Financement : cotisations sociales (en baisse relative), CSG et impôts affectés (en hausse), et contributions publiques.

Exemple concret

L’accident de Karim relève de la branche accidents du travail, financée par les cotisations de Léa : c’est une assurance. Le RSA de sa voisine est une prestation d’assistance, versée sous condition de ressources par le département. Les allocations familiales de la sœur de Léa, versées quel que soit le revenu (mais modulées), relèvent de la logique universelle.

Vocabulaire

  • Protection sociale : Ensemble des mécanismes de prévoyance collective permettant de faire face aux conséquences financières des risques sociaux.
  • Assurance sociale : Mécanisme de couverture fondé sur des cotisations liées à l’activité professionnelle et ouvrant des droits proportionnels.
  • Assistance : Mécanisme de solidarité fondé sur le besoin, sous condition de ressources, sans contrepartie contributive.
  • Risques sociaux : Événements qui réduisent les ressources ou augmentent les besoins d’un ménage : maladie, vieillesse, maternité, famille, chômage, logement, pauvreté.

Les chiffres à connaître

  • 932,5 Md€ en 2024, soit 13 650 € par habitant : dépenses de protection sociale. La vieillesse-survie en représente environ 46 %, et avec la santé, environ 80 %. DREES, décembre 2025.
  • 15,4 % : taux de pauvreté monétaire en 2024 (9,8 millions de personnes), le plus haut depuis 1996. INSEE, 2026.

Ce qu'en disent les économistes

Bismarck crée en Allemagne dans les années 1880 les premières assurances sociales obligatoires pour les ouvriers. William Beveridge (rapport de 1942) propose au Royaume-Uni une protection universelle financée par l’impôt. En France, la Sécurité sociale naît des ordonnances de 1945, inspirées du programme du Conseil national de la Résistance. Gøsta Esping-Andersen (1990) distingue trois « mondes » de l’État-providence : libéral, conservateur-corporatiste, social-démocrate.

Piège / à ne pas confondre

Protection sociale et Sécurité sociale ne sont pas synonymes : la première inclut aussi l’assurance chômage, les aides au logement, les minima sociaux, les mutuelles. Et « charges sociales » est un terme trompeur : les cotisations financent des droits (retraite, santé) dont bénéficie le salarié.

Pour anticiper

Le vieillissement va continuer d’augmenter les dépenses de retraite, de santé et d’autonomie. Chaque automne, la loi de financement de la sécurité sociale arbitre entre hausse des recettes, baisse des prestations ou déficit. Le déficit de la Sécurité sociale et la dette sociale sont des indicateurs à suivre.

À retenir

Assurance (cotisations, Bismarck), assistance (condition de ressources), universalité (impôt, Beveridge). Branches de la Sécurité sociale. 932,5 Md€ en 2024 ; retraites et santé ≈ 80 %.

Les retraites

Partie II — Protéger et redistribuer · A. Les assurances collectives

Fil conducteur

Mme Le Goff, fidèle cliente de Léa, est retraitée. Sa pension est payée par les cotisations de Karim et de millions d'actifs d'aujourd'hui. Qui paiera celle de Karim ?

En une phrase

Le système de retraite français fonctionne principalement par RÉPARTITION : les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions des retraités, ce qui rend son équilibre dépendant du rapport entre cotisants et retraités.

Pourquoi c'est important

Les retraites sont le premier poste de la protection sociale (environ 14 % du PIB). Elles sont au cœur de conflits politiques et sociaux répétés (1995, 2003, 2010, 2019-2020, 2023). Leur équilibre dépend de la démographie, de l’emploi, de la productivité et des choix sur l’âge de départ, le niveau des pensions et les cotisations.

Comment ça marche

  • RÉPARTITION : les cotisations de l’année paient les pensions de l’année ; la solidarité est entre générations. CAPITALISATION : chacun épargne pour sa propre retraite, placée sur les marchés.
  • Trois leviers pour équilibrer la répartition : le montant des pensions, le niveau des cotisations, et la durée d’activité (âge légal, durée d’assurance requise).
  • Le RAPPORT DÉMOGRAPHIQUE (cotisants par retraité) diminue avec l’arrivée à la retraite des générations nombreuses du baby-boom, l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la fécondité.
  • Deux conditions : l’ÂGE LÉGAL (âge minimal de départ) et la DURÉE D’ASSURANCE (nombre de trimestres pour le taux plein, sans décote).
  • La réforme de 2023 portait progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 l’a suspendue : pour les départs à compter du 1er septembre 2026, l’âge et la durée sont figés à un niveau intermédiaire (62 ans et 9 mois et 170 trimestres pour la génération 1964).

Exemple concret

Mme Le Goff touche sa pension grâce aux cotisations versées ce mois-ci par Karim, Léa et tous les actifs. Quand Karim partira, dans une quarantaine d’années, sa pension dépendra du nombre de cotisants à ce moment-là et de leurs salaires. Si la France compte moins de naissances et plus de retraités, il faudra soit cotiser plus, soit partir plus tard, soit accepter des pensions relativement plus faibles, ou un mélange des trois.

Vocabulaire

  • Répartition : Système où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités de la même période.
  • Capitalisation : Système où chaque assuré accumule une épargne placée qui financera sa propre pension.
  • Âge légal : Âge minimal à partir duquel un assuré peut demander sa retraite.
  • Durée d’assurance : Nombre de trimestres requis pour obtenir une pension à taux plein, sans décote.
  • Rapport démographique : Nombre de cotisants rapporté au nombre de retraités.

Les chiffres à connaître

  • 14,1 % du PIB : dépenses de retraite en 2025 ; déficit du système de 5,1 Md€ (0,2 % du PIB). Conseil d’orientation des retraites, rapport de juin 2026.
  • 62 ans et 9 mois, 170 trimestres : conditions pour la génération 1964 après la suspension de la réforme, applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
  • 22,2 % de la population a 65 ans ou plus au 1er janvier 2026, presque autant que les moins de 20 ans (22,5 %) ; fécondité : 1,56 enfant par femme en 2025. INSEE, bilan démographique 2025.

Ce qu'en disent les économistes

Paul Samuelson (1958) montre que la répartition rapporte l’équivalent de la croissance de la masse salariale, quand la capitalisation rapporte le rendement du capital. Les partisans de la capitalisation soulignent ce rendement plus élevé ; ses critiques rappellent son exposition aux krachs et la « double charge » d’une transition, où une génération devrait financer à la fois les pensions en cours et sa propre épargne.

Piège / à ne pas confondre

L’âge légal n’est pas l’âge du taux plein : on peut partir à l’âge légal avec une décote si l’on n’a pas assez de trimestres, et le taux plein est automatique à 67 ans. Et un déficit du système de retraite ne signifie pas que les pensions ne seront pas versées : il est comblé par l’emprunt ou des transferts.

Pour anticiper

La suspension de la réforme repousse le débat mais ne le règle pas : les projections du Conseil d’orientation des retraites (publiées chaque juin) montrent des déficits durables. Surveille l’emploi des seniors, la fécondité et la productivité : ce sont eux, plus encore que l’âge légal, qui déterminent l’équilibre de long terme.

À retenir

Répartition : actifs d’aujourd’hui → retraités d’aujourd’hui. Leviers : pensions, cotisations, durée d’activité. Rapport démographique en baisse. Réforme 2023 suspendue en 2026 (62 ans 9 mois pour la génération 1964).

Inégalités et redistribution

Partie II — Protéger et redistribuer · B. Le partage des revenus

Fil conducteur

Karim, Léa, Mme Le Goff et la voisine au RSA n'ont pas le même niveau de vie. De combien, exactement ? Et qu'est-ce que les impôts et les prestations changent à ces écarts ?

En une phrase

Les inégalités de revenu se mesurent par des indicateurs de dispersion (rapports interdéciles, indice de GINI) et de pauvreté relative ; la REDISTRIBUTION, par les prélèvements et les prestations, les réduit fortement en France.

Pourquoi c'est important

Les inégalités sont au cœur des débats sur la justice sociale, la fiscalité et la cohésion. Elles ont aussi des effets économiques : trop fortes, elles peuvent freiner l’accès à l’éducation, la mobilité sociale et la consommation. Savoir les mesurer évite les affirmations approximatives.

Comment ça marche

  • Le NIVEAU DE VIE est le revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation (1 pour le premier adulte, 0,5 pour chaque autre personne de 14 ans ou plus, 0,3 pour chaque enfant de moins de 14 ans).
  • Le SEUIL DE PAUVRETÉ est fixé à 60 % du niveau de vie médian : la pauvreté est relative. Si le niveau de vie médian augmente, le seuil augmente aussi.
  • Les DÉCILES partagent la population en dix groupes égaux. Le RAPPORT INTERDÉCILE D9/D1 compare le seuil des 10 % les plus aisés à celui des 10 % les plus modestes ; S80/S20 compare les masses de niveau de vie détenues par les 20 % les plus aisés et les 20 % les plus modestes.
  • L’INDICE DE GINI résume l’ensemble de la distribution, de 0 (égalité parfaite) à 1 (un seul individu a tout). Il se lit sur la courbe de Lorenz.
  • La redistribution passe par les impôts progressifs et les prestations (minima sociaux, prestations familiales, aides au logement), et plus largement par les services publics gratuits (école, santé).
Courbe de Lorenz et indice de Gini% cumulé des revenus% cumulé de la populationégalité parfaitecourbe de Lorenz
Courbe de Lorenz et indice de Gini. L'aire colorée mesure l'écart à l'égalité. Plus la courbe de Lorenz s'éloigne de la diagonale d'égalité parfaite, plus les revenus sont concentrés. L'indice de Gini mesure cet écart, de 0 (égalité) à 1 (un seul possède tout).

Exemple concret

Karim vit seul avec environ 1 480 € net par mois : 1 unité de consommation, niveau de vie d’environ 1 480 €, au-dessus du seuil de pauvreté (1 337 € en 2024), mais nettement sous la médiane (2 228 €). Un couple avec deux enfants de moins de 14 ans et 4 000 € de revenu disponible compte 2,1 unités : son niveau de vie est d’environ 1 905 € par personne. Sans les allocations et les aides, l’écart entre les ménages serait nettement plus grand.

Vocabulaire

  • Niveau de vie : Revenu disponible du ménage divisé par le nombre d’unités de consommation ; identique pour tous les membres du ménage.
  • Seuil de pauvreté : En France et en Europe, 60 % du niveau de vie médian.
  • Indice de Gini : Indicateur synthétique d’inégalité compris entre 0 (égalité parfaite) et 1 (inégalité maximale).
  • Rapport interdécile : Rapport entre le 9e décile (D9) et le 1er décile (D1) d’une distribution.
  • Redistribution : Transferts opérés par les administrations publiques (prélèvements et prestations) qui modifient la répartition primaire des revenus.

Les chiffres à connaître

  • 2 228 € par mois : niveau de vie médian en 2024 ; seuil de pauvreté : 1 337 € par mois. INSEE, Niveau de vie et pauvreté en 2024.
  • 15,4 % : taux de pauvreté monétaire en 2024, soit 9,8 millions de personnes ; 36,1 % des chômeurs et 34,0 % des familles monoparentales sont pauvres. INSEE.
  • 0,302 : indice de Gini en 2024, un record ; les 20 % les plus aisés perçoivent 38,8 % de la masse des niveaux de vie, 4,6 fois plus que les 20 % les plus modestes. INSEE.

Ce qu'en disent les économistes

Simon Kuznets (1955) avançait que les inégalités augmentent puis diminuent avec le développement. Thomas Piketty (Le Capital au XXIe siècle, 2013) montre qu’elles remontent depuis les années 1980 dans de nombreux pays, car le rendement du capital dépasse la croissance (r > g). John Rawls propose un critère de justice : les inégalités ne sont acceptables que si elles améliorent le sort des plus défavorisés.

Piège / à ne pas confondre

Inégalités de revenus et inégalités de patrimoine ne se confondent pas : les secondes sont bien plus fortes. Et la pauvreté monétaire est relative : si tous les revenus doublaient, le taux de pauvreté ne changerait pas. C’est pourquoi l’INSEE mesure aussi la privation matérielle et sociale.

Pour anticiper

Les chiffres de l’INSEE sur les niveaux de vie arrivent avec un décalage d’environ deux ans. Pour sentir l’évolution plus tôt, regarde le pouvoir d’achat par unité de consommation (trimestriel), le chômage, et les revalorisations des prestations et des pensions. En 2026, pouvoir d’achat en baisse et chômage en hausse annoncent une pression accrue sur les ménages modestes.

À retenir

Niveau de vie = revenu disponible ÷ unités de consommation. Seuil de pauvreté = 60 % de la médiane (1 337 €/mois en 2024). Gini 0,302 en 2024. D9/D1, S80/S20. Redistribution par impôts, prestations et services publics.