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Fiche 0 — Démarrer en économie

Les fondations : ce qu'étudie l'économie, les réflexes de l'économiste, lire un chiffre et un graphique sans se faire piéger, trouver les bonnes sources, et le plan de travail.

Fil conducteur

Un fil conducteur pour tout le site : LA BOULANGERIE DE LÉA, à Rennes. Léa, la boulangère, qui a emprunté pour s’installer ; Karim, son vendeur payé au SMIC ; Tom, son fils, étudiant puis jeune salarié ; Mme Le Goff, cliente retraitée ; le meunier, la banquière, le caviste voisin qui exporte. En 2026, cette petite entreprise encaisse un choc pétrolier, une hausse des taux et un ralentissement. Tout ce que tu vas apprendre, tu le verras d’abord à travers elle.

1. L’économie, c’est quoi ?

Ce chapitre ne contient rien à mémoriser. Il sert à rendre lisible tout le reste.

L’économie étudie la façon dont les individus, les entreprises et les États utilisent des ressources limitées pour produire, échanger et consommer des biens et des services. Le mot vient du grec oikonomia, la gestion de la maison. Le point de départ est toujours le même : on ne peut pas tout avoir, il faut choisir.

On distingue deux grands niveaux d’observation. La MICROÉCONOMIE regarde les décisions individuelles : pourquoi un ménage achète ceci plutôt que cela, comment une entreprise fixe ses prix, comment se forme un salaire. La MACROÉCONOMIE regarde l’économie d’un pays tout entier : la production totale, le chômage, l’inflation, le commerce extérieur, la dette publique. Les deux se répondent : la croissance d’un pays n’est que la somme de millions de décisions individuelles, mais ces décisions dépendent du climat général.

Deux façons de parler d’économie, à ne jamais mélanger. L’économie POSITIVE décrit et explique : « une hausse du SMIC de 5 % augmenterait le coût du travail peu qualifié ». L’économie NORMATIVE juge et recommande : « il faut augmenter le SMIC ». La première se vérifie avec des données ; la seconde dépend aussi de valeurs. Beaucoup de débats publics mélangent les deux : ton premier réflexe doit être de les séparer.

2. Six réflexes pour penser comme un économiste

Tu les retrouveras dans toutes les notions. Ils valent pour ta vie de tous les jours.

1 — Tout choix a un coût caché

Le vrai coût d’une décision, c’est ce à quoi on renonce : le COÛT D’OPPORTUNITÉ. Une soirée passée à réviser coûte une soirée de sortie ; un milliard dépensé par l’État pour une mesure est un milliard qui ne va pas ailleurs.

2 — Les gens réagissent aux incitations

Change les prix, les impôts, les règles, et les comportements changent. Une taxe sur le carburant pousse à moins rouler ; une prime à l’embauche pousse à embaucher, parfois des personnes qui l’auraient été de toute façon. Toujours se demander : « comment les gens vont-ils s’adapter ? »

3 — On décide à la marge

La question utile n’est presque jamais « tout ou rien », mais « un peu plus ou un peu moins ? ». Faut-il ouvrir une heure de plus, embaucher un salarié de plus, épargner cent euros de plus ? On compare ce que rapporte et ce que coûte cette unité supplémentaire.

4 — L'échange peut enrichir les deux parties

Si un échange est libre, c’est que chacun pense y gagner. Le boulanger préfère ton euro à sa baguette, tu préfères la baguette à ton euro. La spécialisation et l’échange sont les sources premières de la richesse.

5 — Chercher ce qu'on ne voit pas

Toute mesure a des effets directs, visibles, et des effets indirects, plus lents et plus diffus. Un loyer plafonné aide les locataires en place ; il peut aussi réduire l’offre de logements. Le bon économiste ne s’arrête pas au premier effet.

6 — Corrélation n'est pas causalité

Deux chiffres qui évoluent ensemble ne prouvent pas que l’un cause l’autre. Les ventes de glaces et les noyades augmentent ensemble : c’est l’été qui cause les deux. Avant d’accepter une explication, cherche le troisième facteur caché.

3. Lire un chiffre sans se faire piéger

C’est la compétence la plus utile de ce site. Relis ce chapitre chaque fois qu’un chiffre te semble bizarre.

Pourcentage et point de pourcentage

Si le taux de chômage passe de 7,6 % à 8,3 %, il augmente de 0,7 POINT DE POURCENTAGE, mais d’environ 9 % en valeur relative (0,7 ÷ 7,6). Les deux affirmations sont justes ; seule la première est habituelle pour un taux. Méfie-toi de celui qui choisit la formulation la plus spectaculaire.

Les pourcentages ne s’additionnent pas

Une hausse de 10 % suivie d’une baisse de 10 % ne ramène pas au point de départ : 100 devient 110, puis 99. Et deux hausses successives de 10 % font 21 %, pas 20 %. Pour enchaîner des variations, on multiplie les coefficients : 1,10 × 1,10 = 1,21.

Sur un an, ou en moyenne sur l’année ?

L’inflation « sur un an » d’août 2026 (+ 2,4 %) compare le niveau des prix d’août 2026 à celui d’août 2025 : c’est un GLISSEMENT ANNUEL. L’inflation « en moyenne annuelle » compare la moyenne des douze mois d’une année à celle de l’année précédente. Les deux chiffres peuvent être très différents quand les prix accélèrent ou ralentissent en cours d’année.

Nominal et réel

Un chiffre NOMINAL est exprimé en euros courants ; un chiffre RÉEL (ou « en volume ») est corrigé de l’inflation. Un salaire qui monte de 2 % avec 2,4 % d’inflation baisse en réalité d’environ 0,4 %. La croissance du PIB se mesure toujours en volume.

Un indice « base 100 »

Un indice fixe une année de référence à 100. Si l’indice des prix vaut 120 aujourd’hui en base 100 en 2015, les prix ont augmenté de 20 % depuis 2015. Un indice ne dit rien du niveau absolu : il ne sert qu’à comparer des évolutions.

Milliards, par habitant, en pourcentage du PIB

« 3 460 milliards d’euros de dette » ne dit pas grand-chose seul. Rapporté au PIB (115,6 %), on peut comparer dans le temps et entre pays ; rapporté aux habitants (environ 50 000 € par personne), on se représente l’ordre de grandeur. Choisis toujours le bon dénominateur, et méfie-toi d’un montant en milliards présenté sans point de comparaison.

Moyenne et médiane

La MOYENNE additionne tout et divise par le nombre ; la MÉDIANE coupe la population en deux moitiés égales. Si un milliardaire entre dans un café, le revenu moyen des clients explose, la médiane ne bouge presque pas. Pour les revenus et les patrimoines, la médiane est souvent plus parlante.

Données corrigées et révisions

La plupart des chiffres trimestriels sont CVS-CJO : corrigés des variations saisonnières et des jours ouvrables, pour comparer un trimestre au précédent sans l’effet de Noël ou des ponts de mai. Et les premiers chiffres publiés sont souvent révisés : le PIB du 2e trimestre 2026, d’abord annoncé à + 0,2 %, a été révisé à 0,0 %.

Trois questions à poser à tout chiffre : d’où vient-il (source, date) ? Qu’est-ce qu’il mesure exactement (définition, champ) ? Par rapport à quoi (période, pays, dénominateur) ? Si l’une des trois réponses manque, le chiffre ne prouve rien.

4. Lire un graphique

Un graphique peut dire la vérité et tromper quand même.

5. Les bonnes sources

Où trouver des chiffres fiables, gratuitement.

Tous les chiffres de ce site sont datés et sourcés. Date d’arrêté des informations : 22 septembre 2026. Ils vieilliront : c’est normal, et c’est l’occasion d’exercer ton réflexe d’aller vérifier à la source.

6. Plan de travail

Comment utiliser ce site.

  1. Lis cette fiche en entier une première fois (environ une heure).
  2. Suis les modules dans l’ordre : microéconomie, macroéconomie, monnaie et finance, économie internationale, État et économie française. Chacun s’appuie sur les précédents.
  3. Rythme conseillé : trois notions par semaine. Pour chaque notion, lis la version technique ; si un bloc résiste, touche « en clair » à côté de son titre. Termine par le mini-quiz.
  4. Quinze minutes de flashcards par jour, de préférence le matin. Le paquet « Vocabulaire » de chaque cours grandit tout seul.
  5. Une fois par semaine, lis un article d’actualité économique et repère trois notions du cours. C’est là que tout prend sens.

L’économie ne se prédit pas comme la météo : personne ne connaît l’avenir. Mais on peut apprendre à lire les signaux, à comprendre les mécanismes et à imaginer des scénarios. Chaque notion se termine par un bloc « Pour anticiper » qui te dit quoi surveiller.

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