Tous les « À retenir » du cours, dans l'ordre du plan : l'essentiel à garder sous la main.
Pourquoi échanger : les avantages comparatifs
Partie I — Échanger avec le monde · A. Les gains de l'échange
Fil conducteur
Léa fait tout mieux que Karim : le pain, les gâteaux, la caisse. Pourtant, elle a intérêt à lui confier la vente et à rester au fournil. Les pays raisonnent de la même façon.
En une phrase
Deux pays gagnent à échanger même si l’un est plus efficace dans toutes les productions, dès lors que chacun se SPÉCIALISE dans ce qu’il fait relativement le mieux : c’est la loi des AVANTAGES COMPARATIFS.
Deux pays gagnent à commercer, même si l’un est meilleur en tout. Il suffit que chacun se concentre sur ce qu’il fait le mieux par rapport au reste. C’est l’idée des avantages comparatifs.
Pourquoi c'est important
C’est l’argument central en faveur du commerce international, et l’un des résultats les moins intuitifs de l’économie. Il explique pourquoi la France exporte des avions, des parfums et du vin, et importe des téléphones et des vêtements. Il ne dit pas, en revanche, que tout le monde gagne à l’intérieur de chaque pays.
C’est le grand argument en faveur du commerce entre pays, et l’une des idées les plus surprenantes de l’économie. Elle explique pourquoi la France vend des avions, des parfums et du vin, et achète des téléphones et des vêtements. Mais elle ne dit pas que tout le monde y gagne dans chaque pays.
Comment ça marche
AVANTAGE ABSOLU : un pays produit un bien avec moins de ressources qu’un autre.
AVANTAGE COMPARATIF : un pays produit un bien à un coût d’opportunité plus faible qu’un autre, c’est-à-dire en renonçant à moins d’autres productions.
En se spécialisant selon leurs avantages comparatifs et en échangeant, les deux pays peuvent consommer plus que chacun seul : la production mondiale augmente.
Les sources d’avantage comparatif : technologie (Ricardo), dotations en facteurs, travail, capital, terres, ressources naturelles (Heckscher-Ohlin), savoir-faire accumulé et économies d’échelle.
Une grande partie du commerce moderne est un commerce « intra-branche » : la France et l’Allemagne s’échangent des voitures. Il s’explique par la diversité des goûts et les économies d’échelle.
Avantage absolu : un pays produit un bien avec moins de moyens qu’un autre.
Avantage comparatif : un pays produit un bien en sacrifiant moins d’autres productions qu’un autre pays.
Si chacun se concentre sur ses points forts relatifs et qu’ils échangent, les deux peuvent consommer plus qu’en restant seuls. Le monde produit davantage.
D’où vient l’avantage : la technique (Ricardo) ; ce qu’on a en abondance, travailleurs, machines, terres, ressources (Heckscher et Ohlin) ; le savoir-faire accumulé et la production en grande série.
Beaucoup d’échanges se font entre produits semblables : la France et l’Allemagne s’échangent des voitures. C’est parce que les goûts varient et qu’on produit moins cher en grande série.
Exemple concret
En une heure, Léa fait 40 baguettes ou sert 60 clients ; Karim fait 10 baguettes ou sert 40 clients. Léa est meilleure partout (avantage absolu). Mais pour servir un client, Léa renonce à 0,67 baguette, Karim à seulement 0,25 : Karim a un avantage comparatif dans la vente, Léa dans la fabrication. Chacun à son poste, la boulangerie produit et vend plus que si chacun faisait un peu de tout.
En une heure, Léa fait 40 baguettes ou sert 60 clients. Karim fait 10 baguettes ou sert 40 clients. Léa est meilleure partout. Mais quand Léa sert un client, elle perd 0,67 baguette ; Karim n’en perd que 0,25. Karim est donc relativement meilleur à la vente, Léa au fournil. Chacun à son poste, la boutique produit et vend plus que si chacun faisait un peu de tout.
Vocabulaire
Avantage comparatif : Capacité à produire un bien à un coût d’opportunité inférieur à celui d’un partenaire.
Avantage absolu : Capacité à produire un bien avec moins de ressources qu’un partenaire.
Spécialisation : Concentration de la production sur certains biens, en échangeant le reste.
Gains à l’échange : Supplément de consommation permis par la spécialisation et le commerce, par rapport à l’autarcie.
Avantage comparatif : Produire un bien en sacrifiant moins d’autres choses que le partenaire.
Avantage absolu : Produire un bien avec moins de moyens que le partenaire.
Spécialisation : Se concentrer sur certaines productions et acheter le reste.
Gains à l’échange : Ce qu’on peut consommer en plus grâce au commerce, par rapport à tout faire soi-même.
Les chiffres à connaître
614,7 Md€ d’exportations et 703,6 Md€ d’importations de biens en 2025. Douanes, résultats annuels 2025.
Aéronautique, luxe, pharmacie, boissons : les grands points forts à l’export de la France ; l’excédent agricole et agroalimentaire est tombé à 0,2 Md€ en 2025, son plus bas depuis au moins 2000. Douanes, résultats annuels 2025.
614,7 Md€ de biens vendus à l’étranger et 703,6 Md€ achetés à l’étranger en 2025. Douanes, résultats annuels 2025.
Aéronautique, luxe, pharmacie, boissons : les grands points forts de la France à l’export. L’excédent de l’agriculture et de l’agroalimentaire est tombé à 0,2 Md€ en 2025, le plus bas depuis au moins 2000. Douanes, résultats annuels 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Adam Smith (1776) justifie l’échange par l’avantage absolu. David Ricardo (1817), avec l’exemple du vin portugais et du drap anglais, montre que l’avantage comparatif suffit. Paul Krugman (Nobel 2008) explique le commerce entre pays semblables par les économies d’échelle et le goût pour la variété.
Adam Smith (1776) explique le commerce par l’avantage absolu. David Ricardo (1817), avec l’exemple du vin portugais et du drap anglais, montre que l’avantage relatif suffit. Paul Krugman (prix Nobel 2008) explique pourquoi des pays qui se ressemblent commercent tant : production en grande série et goût pour la variété.
Piège / à ne pas confondre
Les gains à l’échange sont globaux, pas individuels : l’ouverture crée des gagnants (consommateurs, secteurs exportateurs) et des perdants (secteurs concurrencés, salariés peu qualifiés). Ricardo ne dit pas que chacun y gagne, mais que les gains pourraient compenser les pertes. Et avantage comparatif ne veut pas dire salaires bas.
Le commerce fait gagner le pays dans son ensemble, pas chaque personne. Il y a des gagnants (les consommateurs, les secteurs qui exportent) et des perdants (les secteurs concurrencés, souvent des salariés peu qualifiés). Ricardo dit seulement que les gains pourraient compenser les pertes. Et être « relativement bon » ne veut pas dire avoir des salaires bas.
Pour anticiper
Les avantages comparatifs évoluent : énergie bon marché, main-d’œuvre qualifiée, subventions massives (aux États-Unis, en Chine) peuvent les déplacer rapidement. La perte d’excédent agricole et agroalimentaire de la France est un signal à suivre, tout comme la montée en gamme de l’industrie chinoise dans l’automobile électrique.
Les points forts d’un pays changent : une énergie pas chère, des travailleurs qualifiés ou de grosses aides publiques (aux États-Unis, en Chine) peuvent les déplacer vite. La fonte de l’excédent agricole et agroalimentaire de la France est un signal à suivre, tout comme les progrès de la Chine dans la voiture électrique.
À retenir
Avantage comparatif = coût d’opportunité plus faible. Spécialisation + échange → production et consommation accrues. Gains globaux, mais gagnants et perdants à l’intérieur de chaque pays.
Chaque pays a intérêt à faire ce qu’il fait relativement le mieux, et à échanger. Le monde produit alors plus. Mais dans chaque pays, il y a des gagnants et des perdants.
Libre-échange et protectionnisme
Partie I — Échanger avec le monde · A. Les gains de l'échange
Fil conducteur
Le meilleur client export de Paul, le caviste voisin de Léa qui vend aussi du vin aux États-Unis, a annulé ses commandes après la hausse des droits de douane américains.
En une phrase
Le LIBRE-ÉCHANGE supprime les obstacles au commerce ; le PROTECTIONNISME les rétablit (droits de douane, quotas, normes, subventions) pour protéger des producteurs nationaux, au prix de prix plus élevés et de possibles représailles.
Le libre-échange enlève les barrières au commerce entre pays. Le protectionnisme en remet (taxes aux frontières, quotas, normes, aides) pour protéger les producteurs du pays. Mais les prix montent et les autres pays peuvent riposter.
Pourquoi c'est important
Depuis 2025, les droits de douane sont revenus au premier plan : hausse des tarifs américains, riposte et négociations européennes, taxe carbone aux frontières de l’UE. Ces décisions changent les prix, les emplois et les stratégies des entreprises, notamment pour la France, grande exportatrice de vins, spiritueux et cosmétiques.
Depuis 2025, les taxes aux frontières sont revenues au centre de l’actualité : hausses américaines, négociations européennes, taxe carbone aux frontières de l’Europe. Cela change les prix, les emplois et les choix des entreprises, surtout pour la France, qui vend beaucoup de vins, d’alcools et de cosmétiques à l’étranger.
Comment ça marche
Un DROIT DE DOUANE est une taxe sur les importations. Il renchérit le produit importé, protège les producteurs nationaux, rapporte des recettes à l’État, mais pénalise les consommateurs et les entreprises qui utilisent ces produits.
Barrières non tarifaires : quotas, normes sanitaires ou techniques, procédures, subventions aux producteurs nationaux.
Arguments protectionnistes : protéger les industries naissantes (List), préserver des secteurs stratégiques ou l’emploi, répondre à une concurrence jugée déloyale (dumping, subventions), réduire des dépendances.
Risques : hausse des prix, perte d’efficacité, représailles et GUERRE COMMERCIALE où tout le monde perd.
Cadre : l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fixe des règles multilatérales ; l’Union européenne a une politique commerciale commune et négocie seule au nom des vingt-sept.
Un droit de douane est une taxe sur ce qu’on importe. Le produit étranger coûte plus cher, les producteurs du pays sont protégés, l’État encaisse de l’argent. Mais les consommateurs et les entreprises qui achètent ces produits paient plus.
Il y a d’autres barrières : quotas, normes sanitaires ou techniques, formalités, aides aux producteurs du pays.
Pourquoi protéger : aider une industrie qui démarre, garder des secteurs clés ou des emplois, répondre à une concurrence jugée déloyale, dépendre moins des autres.
Les dangers : prix plus hauts, moins d’efficacité, riposte des autres pays et guerre commerciale où tout le monde perd.
Les règles : l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fixe des règles communes ; en Europe, c’est l’Union qui négocie les accords commerciaux pour les vingt-sept pays.
Exemple concret
Après les hausses de droits de douane américains de l’été 2025, les exportations françaises vers les États-Unis ont reculé au 4e trimestre 2025 : − 39 % pour les vins, − 47 % pour les spiritueux, − 25 % pour les parfums et cosmétiques, par rapport au 4e trimestre 2024. Le caviste voisin de Léa perd un débouché ; les vignerons cherchent d’autres marchés ; le consommateur américain paie plus cher sa bouteille.
Après les hausses de taxes américaines de l’été 2025, les ventes françaises aux États-Unis ont chuté fin 2025 par rapport à fin 2024 : − 39 % pour les vins, − 47 % pour les alcools forts, − 25 % pour les parfums et cosmétiques. Le caviste voisin de Léa perd des clients ; les vignerons cherchent d’autres pays ; l’Américain paie sa bouteille plus cher.
Vocabulaire
Libre-échange : Politique de suppression des obstacles aux échanges internationaux.
Protectionnisme : Ensemble des mesures destinées à protéger les producteurs nationaux de la concurrence étrangère.
Droit de douane : Taxe perçue sur un bien lors de son passage de la frontière, généralement à l’importation.
Guerre commerciale : Escalade de mesures protectionnistes et de représailles entre pays.
Libre-échange : Enlever les barrières au commerce entre pays.
Protectionnisme : Les mesures qui protègent les producteurs du pays contre la concurrence étrangère.
Droit de douane : Une taxe payée sur un produit quand il passe la frontière, en général à l’entrée.
Guerre commerciale : Quand des pays enchaînent taxes et ripostes les uns contre les autres.
Les chiffres à connaître
15 % : plafond de droits de douane américains sur la plupart des produits européens prévu par l’accord UE–États-Unis de l’été 2025. Direction générale du Trésor.
20 février 2026 : la Cour suprême des États-Unis juge que la loi d’urgence invoquée (IEEPA) ne permet pas d’imposer ces droits ; l’administration les remplace par d’autres bases juridiques (surtaxe temporaire de 10 %, puis nouvelles mesures). Décision de la Cour suprême, 20 février 2026.
− 39 % (vins), − 47 % (spiritueux) : exportations françaises vers les États-Unis au 4e trimestre 2025 par rapport au 4e trimestre 2024. Douanes, résultats annuels 2025.
15 % : le maximum de taxe américaine sur la plupart des produits européens prévu par l’accord entre l’Europe et les États-Unis de l’été 2025. Direction générale du Trésor.
20 février 2026 : la Cour suprême américaine juge que la loi d’urgence utilisée (IEEPA) ne permet pas ces taxes. L’administration les remplace par d’autres textes (une surtaxe temporaire de 10 %, puis de nouvelles mesures). Décision de la Cour suprême, 20 février 2026.
− 39 % (vins), − 47 % (alcools forts) : la baisse des ventes françaises aux États-Unis fin 2025 par rapport à fin 2024. Douanes, résultats annuels 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Friedrich List (1841) défend un « protectionnisme éducateur », temporaire, pour laisser grandir les industries naissantes. Les économistes rappellent la loi Smoot-Hawley de 1930, dont les hausses de droits de douane, suivies de représailles, ont contribué à l’effondrement du commerce mondial pendant la Grande Dépression. Dani Rodrik souligne qu’une mondialisation trop poussée peut entrer en conflit avec la démocratie et la souveraineté nationale.
Friedrich List (1841) défend une protection temporaire, le temps que les jeunes industries grandissent. Les économistes rappellent aussi la loi américaine Smoot-Hawley de 1930 : ses hausses de taxes, suivies de ripostes, ont aidé à faire s’effondrer le commerce mondial pendant la Grande Dépression. Dani Rodrik explique qu’une mondialisation poussée trop loin peut entrer en conflit avec la démocratie et la souveraineté des pays.
Piège / à ne pas confondre
Un droit de douane n’est pas payé par le pays exportateur : il est acquitté par l’importateur, puis répercuté en partie sur le consommateur du pays qui l’impose. L’exportateur, lui, perd des ventes ou baisse ses prix. Et réduire un déficit commercial bilatéral n’est pas un objectif économique en soi.
Un droit de douane n’est pas payé par le pays qui vend : il est payé par l’importateur, qui le répercute en partie sur les consommateurs du pays qui l’impose. Le vendeur étranger, lui, vend moins ou baisse ses prix. Et avoir un déficit commercial avec un pays précis n’est pas un problème en soi.
Pour anticiper
Suis les annonces de droits de douane et leurs bases juridiques, les négociations de la Commission européenne, et les chiffres mensuels des douanes par produit et par pays : c’est là qu’apparaissent en premier les effets sur les filières exposées. La taxe carbone aux frontières de l’UE, en phase définitive depuis 2026, va aussi modifier le coût de certaines importations.
Suis les annonces de taxes aux frontières, les négociations de la Commission européenne, et les chiffres mensuels des douanes par produit et par pays : c’est là qu’on voit en premier les secteurs touchés. La taxe carbone aux frontières de l’Europe, en place pour de bon depuis 2026, va aussi changer le prix de certaines importations.
À retenir
Libre-échange : gains d’efficacité, prix bas. Protectionnisme : protection ciblée, mais prix plus élevés et risque de représailles. Le droit de douane est payé par l’importateur et le consommateur du pays qui l’impose.
Commercer librement fait baisser les prix et gagner en efficacité. Se protéger aide certains secteurs, mais fait monter les prix et peut déclencher des ripostes. La taxe aux frontières est payée chez celui qui l’impose.
Mondialisation et chaînes de valeur
Partie I — Échanger avec le monde · B. La mondialisation
Fil conducteur
Le nouveau four de Léa a été assemblé en Italie, avec une électronique fabriquée en Asie et de l'acier venu d'ailleurs. Quand le détroit d'Ormuz a été perturbé, le délai de livraison a doublé.
En une phrase
La MONDIALISATION est l’intégration croissante des économies par les échanges de biens, de services, de capitaux et d’informations ; la production s’organise en CHAÎNES DE VALEUR MONDIALES, où chaque étape est réalisée là où elle coûte le moins ou apporte le plus.
La mondialisation, c’est le fait que les économies du monde sont de plus en plus liées : biens, services, argent et informations circulent. Un produit est souvent fabriqué par étapes dans plusieurs pays, chaque étape là où c’est le plus avantageux.
Pourquoi c'est important
Elle a fait baisser les prix, sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté en Asie, mais aussi contribué à la désindustrialisation de régions entières. La pandémie de 2020 et les tensions géopolitiques depuis ont montré la fragilité de chaînes trop longues : pénuries, délais, dépendance.
Elle a fait baisser les prix et sorti des centaines de millions de personnes de la pauvreté en Asie. Mais elle a aussi vidé des régions entières de leurs usines. La pandémie de 2020 et les tensions entre pays ensuite ont montré qu’une production trop éclatée est fragile : pénuries, retards, dépendance.
Comment ça marche
Moteurs : baisse des coûts de transport (conteneur), révolution numérique, libéralisation des échanges et des capitaux, entrée de la Chine à l’OMC en 2001.
Les FIRMES MULTINATIONALES organisent la production à l’échelle mondiale : conception et marketing dans les pays riches, assemblage là où la main-d’œuvre est moins chère, composants dans des pays spécialisés.
La valeur ajoutée se concentre aux deux bouts de la chaîne (recherche, design, marque, services), moins dans la fabrication.
Les chaînes longues créent des interdépendances : un blocage en un point (usine, port, détroit) se propage partout.
Depuis la fin des années 2010, on parle de fragmentation : relocalisations, « amilocalisation » (produire chez des pays alliés), politiques industrielles pour réduire les dépendances stratégiques (semi-conducteurs, batteries, médicaments).
Ce qui l’a poussée : des transports bien moins chers (le conteneur), le numérique, l’ouverture des frontières au commerce et aux capitaux, l’entrée de la Chine dans l’OMC en 2001.
Les multinationales organisent la production dans le monde entier : la conception et la marque dans les pays riches, l’assemblage là où le travail coûte moins, les pièces dans des pays spécialisés.
Le plus gros de la valeur se trouve au début (recherche, design) et à la fin (marque, services), moins dans la fabrication.
Quand la chaîne est longue, un blocage à un endroit (usine, port, détroit) se répercute partout.
Depuis la fin des années 2010, on parle de fragmentation : rapatrier des usines, produire chez des pays alliés, aider certaines industries pour moins dépendre des autres (puces électroniques, batteries, médicaments).
Exemple concret
Le four de Léa contient une carte électronique produite en Asie, de l’acier et un assemblage italien, et il est vendu en France par un distributeur. Au printemps 2026, les perturbations du trafic dans le détroit d’Ormuz renchérissent le transport maritime et l’énergie : le délai de livraison double et le prix augmente. Une seule pièce bloquée suffit à retarder tout le produit.
Le four de Léa contient une carte électronique faite en Asie, de l’acier venu d’ailleurs, un assemblage italien, et il est vendu en France par un distributeur. Au printemps 2026, les blocages dans le détroit d’Ormuz font monter le prix du transport et de l’énergie : le délai double et le prix grimpe. Une seule pièce bloquée suffit à retarder tout le four.
Vocabulaire
Mondialisation : Processus d’intégration des économies nationales par les échanges et les flux de capitaux, d’informations et de personnes.
Chaîne de valeur mondiale : Découpage de la production d’un bien en étapes réparties entre plusieurs pays.
Firme multinationale : Entreprise qui possède ou contrôle des unités de production dans plusieurs pays.
Relocalisation : Retour dans le pays d’origine d’activités auparavant délocalisées.
Mondialisation : Le fait que les économies du monde soient de plus en plus liées par le commerce, l’argent, l’information et les personnes.
Chaîne de valeur mondiale : La fabrication d’un produit découpée en étapes, dans plusieurs pays.
Firme multinationale : Une entreprise qui a des usines ou des filiales dans plusieurs pays.
Relocalisation : Le retour dans le pays d’origine d’activités parties à l’étranger.
Les chiffres à connaître
2001 : entrée de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce, accélérateur majeur de la mondialisation. OMC.
Près de 65 % : hausse du prix du Brent en mars 2026, la plus forte hausse mensuelle jamais enregistrée, liée aux perturbations autour du détroit d’Ormuz. Banque mondiale, avril 2026.
− 0,2 point : contribution du commerce extérieur à la croissance française en 2025. INSEE, comptes de la Nation 2025.
2001 : la Chine entre dans l’Organisation mondiale du commerce, ce qui accélère fortement la mondialisation. OMC.
Près de 65 % : la hausse du prix du pétrole Brent en mars 2026, la plus forte en un mois jamais vue, due aux blocages autour du détroit d’Ormuz. Banque mondiale, avril 2026.
− 0,2 point : ce que le commerce extérieur a retiré à la croissance française en 2025. INSEE, comptes de la Nation 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Richard Baldwin décrit le « deuxième dégroupage » : grâce aux technologies de l’information, les usines elles-mêmes se découpent entre pays. Joseph Stiglitz critique une mondialisation mal régulée, dont les gains ont été inégalement répartis. David Autor et ses coauteurs ont mesuré le « choc chinois » : les régions américaines exposées aux importations chinoises ont perdu durablement des emplois industriels.
Richard Baldwin explique que, grâce au numérique, les usines elles-mêmes se sont découpées entre pays. Joseph Stiglitz critique une mondialisation mal encadrée, dont les gains ont été mal partagés. David Autor et d’autres chercheurs ont mesuré le « choc chinois » : les régions américaines concurrencées par les produits chinois ont perdu pour longtemps des emplois dans l’industrie.
Piège / à ne pas confondre
La mondialisation n’est pas un phénomène nouveau : une première vague a eu lieu de 1870 à 1914. Et désindustrialisation ne veut pas seulement dire délocalisation : une grande partie vient des gains de productivité dans l’industrie et du déplacement de la consommation vers les services.
La mondialisation n’est pas nouvelle : une première vague a eu lieu entre 1870 et 1914. Et la perte d’usines ne vient pas seulement des délocalisations : une grande partie vient de machines plus efficaces et du fait qu’on consomme de plus en plus de services.
Pour anticiper
Surveille les points de passage critiques (détroits d’Ormuz, de Malacca, canal de Suez, mer Rouge), le coût du fret maritime et les délais de livraison dans les enquêtes auprès des entreprises : ils annoncent tensions sur les prix et ruptures d’approvisionnement. Les politiques industrielles européennes et américaines vont continuer de redessiner les chaînes de valeur.
Surveille les grands passages maritimes (Ormuz, Malacca, Suez, mer Rouge), le prix du transport par bateau et les délais de livraison signalés par les entreprises : ils annoncent hausses de prix et ruptures. Les aides européennes et américaines à l’industrie vont continuer de redessiner la carte de la production.
À retenir
Mondialisation = intégration par le commerce, les capitaux, l’information. Chaînes de valeur mondiales pilotées par les multinationales. Gains (prix, développement) et coûts (désindustrialisation, dépendances). Tendance actuelle : fragmentation et sécurisation.
La mondialisation relie les économies. Les produits sont fabriqués par étapes dans plusieurs pays. Elle a fait baisser les prix mais fermé des usines et créé des dépendances. Aujourd’hui, les pays cherchent à se sécuriser.
La balance des paiements
Partie II — Les comptes et les monnaies · A. Les comptes avec l'extérieur
Fil conducteur
Chaque été, les touristes américains achètent des croissants chez Léa. Pour la France, c'est une exportation de services, même si le croissant ne quitte jamais Rennes.
En une phrase
La BALANCE DES PAIEMENTS enregistre toutes les opérations entre les résidents d’un pays et le reste du monde ; son compte des TRANSACTIONS COURANTES dit si le pays dépense plus ou moins qu’il ne gagne vis-à-vis de l’extérieur.
La balance des paiements note toutes les opérations entre un pays et le reste du monde. Sa partie principale dit si le pays dépense plus qu’il ne gagne avec l’étranger, ou l’inverse.
Pourquoi c'est important
Un déficit extérieur persistant signifie qu’un pays consomme et investit plus qu’il ne produit, et qu’il doit s’endetter ou vendre des actifs à l’étranger. Comprendre la balance des paiements permet de relativiser les chiffres du commerce extérieur et de comprendre la dépendance d’un pays aux capitaux étrangers.
Un déficit avec l’étranger qui dure veut dire que le pays consomme et investit plus qu’il ne produit. Il doit donc emprunter à l’étranger ou lui vendre des biens. Comprendre ces comptes aide à relativiser les chiffres du commerce et à voir si le pays dépend des capitaux étrangers.
Comment ça marche
Le COMPTE DES TRANSACTIONS COURANTES comprend : les biens (balance commerciale), les services (tourisme, transport, services financiers, numériques), les revenus primaires (salaires, dividendes, intérêts reçus et versés) et les revenus secondaires (transferts, contributions au budget européen).
Le COMPTE FINANCIER retrace les flux de capitaux : investissements directs (prise de contrôle d’entreprises), investissements de portefeuille (actions, obligations), prêts.
Par construction, la balance est équilibrée : un déficit courant est financé par une entrée nette de capitaux (emprunts, ventes d’actifs).
La POSITION EXTÉRIEURE est le stock : différence entre ce que les résidents possèdent à l’étranger et ce que les non-résidents possèdent dans le pays.
Identité : solde courant = épargne nationale − investissement. Un pays qui épargne moins qu’il n’investit a un déficit extérieur.
La partie « transactions courantes » regroupe : les biens (la balance commerciale), les services (tourisme, transport, finance, numérique), les revenus (salaires, dividendes, intérêts reçus et versés) et les transferts (aides, contributions au budget européen).
La partie « financière » suit l’argent qui entre et sort : rachats d’entreprises, achats d’actions et d’obligations, prêts.
Au total, les comptes s’équilibrent toujours : un déficit est financé par de l’argent venu de l’étranger (emprunts, ventes).
La position extérieure, c’est le stock : ce que les résidents possèdent à l’étranger moins ce que les étrangers possèdent dans le pays.
Une égalité à retenir : si un pays épargne moins qu’il n’investit, il a un déficit avec l’étranger.
Exemple concret
En 2025, la France vend moins de biens qu’elle n’en achète : déficit des biens. Mais ses services dégagent un excédent de 45,4 Md€, porté notamment par le tourisme, ce qui inclut les croissants vendus par Léa aux visiteurs étrangers, et le transport maritime. Au total, le déficit courant n’est « que » de 11,6 Md€. Il est financé par des achats de titres français, notamment de dette publique, par des investisseurs étrangers.
En 2025, la France achète plus de biens à l’étranger qu’elle n’en vend. Mais elle vend plus de services qu’elle n’en achète : 45,4 Md€ d’excédent, grâce notamment au tourisme (dont les croissants de Léa vendus aux visiteurs étrangers) et au transport maritime. Au total, le déficit n’est « que » de 11,6 Md€. Il est financé par des étrangers qui achètent des titres français, notamment de la dette de l’État.
Vocabulaire
Balance des paiements : Document statistique qui enregistre toutes les transactions entre résidents et non-résidents pendant une période.
Balance commerciale : Solde des exportations et importations de biens.
Transactions courantes : Ensemble des échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants avec l’extérieur.
Position extérieure : Stock net des avoirs et engagements financiers d’un pays vis-à-vis du reste du monde.
Balance des paiements : Le relevé de toutes les opérations entre un pays et l’étranger sur une période.
Balance commerciale : La différence entre les biens vendus à l’étranger et les biens achetés à l’étranger.
Transactions courantes : Tous les échanges avec l’étranger : biens, services, revenus et transferts.
Position extérieure : Ce que le pays possède à l’étranger moins ce que l’étranger possède dans le pays.
Les chiffres à connaître
− 11,6 Md€ : solde des transactions courantes de la France en 2025 ; biens : − 58,0 Md€ ; services : + 45,4 Md€ ; facture énergétique : 44,2 Md€. Banque de France, rapport annuel 2025.
− 69,2 Md€ : solde commercial en données douanières en 2025, en amélioration de 10 Md€ sur un an. Douanes, résultats annuels 2025.
56,1 % des titres de dette de l’État détenus par des non-résidents ; position extérieure nette d’environ − 30 % du PIB. Banque de France, rapport annuel 2025.
− 11,6 Md€ : le déficit de la France avec l’étranger en 2025. Biens : − 58,0 Md€. Services : + 45,4 Md€. Énergie achetée : 44,2 Md€. Banque de France, rapport annuel 2025.
− 69,2 Md€ : le déficit du commerce de biens selon les douanes en 2025, 10 Md€ de mieux qu’en 2024. Douanes, résultats annuels 2025.
56,1 % de la dette de l’État est détenue par des étrangers. La France doit à l’étranger environ 30 % de son PIB de plus qu’elle n’y possède. Banque de France, rapport annuel 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Les mercantilistes (XVIe-XVIIe siècles) voyaient dans l’excédent commercial la source de la richesse, par l’accumulation d’or. David Hume (1752) leur répond par un mécanisme d’ajustement automatique : l’or qui entre fait monter les prix et réduit l’excédent. Les économistes modernes insistent sur l’identité épargne-investissement : le solde extérieur reflète d’abord des choix macroéconomiques internes.
Du XVIe au XVIIe siècle, les mercantilistes pensaient qu’un pays s’enrichit en vendant plus qu’il n’achète, pour accumuler de l’or. David Hume (1752) leur répond que l’or qui entre fait monter les prix et finit par réduire l’excédent. Les économistes d’aujourd’hui rappellent que le solde avec l’étranger dépend d’abord de ce que le pays épargne et investit chez lui.
Piège / à ne pas confondre
Le solde des douanes et celui de la balance des paiements diffèrent (− 69,2 Md€ contre − 58,0 Md€ en 2025) : conventions différentes sur la valorisation des importations, le négoce international et le champ couvert. Et un déficit extérieur n’est pas forcément mauvais : il peut financer des investissements productifs. C’est sa durée et son financement qui comptent.
Les douanes et la Banque de France ne donnent pas le même chiffre pour le commerce de biens (− 69,2 Md€ contre − 58,0 Md€ en 2025) : elles ne comptent pas tout à fait de la même manière. Et un déficit avec l’étranger n’est pas forcément grave : il peut servir à investir. Ce qui compte, c’est s’il dure et comment il est financé.
Pour anticiper
La facture énergétique pèse lourd dans le solde français : la flambée du pétrole de 2026 va le dégrader, même si les exportations aéronautiques rebondissent. Surveille aussi la part de la dette publique détenue par les non-résidents : plus elle est élevée, plus le coût de financement de l’État dépend de la confiance des investisseurs étrangers.
L’énergie pèse lourd dans les comptes de la France : la flambée du pétrole en 2026 va les dégrader, même si les ventes d’avions repartent. Surveille aussi la part de la dette de l’État détenue par des étrangers : plus elle est grande, plus le coût des emprunts dépend de leur confiance.
Les comptes avec l’étranger regroupent biens, services, revenus et transferts. Un déficit doit être financé par de l’argent venu d’ailleurs. Il vient de ce que le pays épargne moins qu’il n’investit.
Le taux de change
Partie II — Les comptes et les monnaies · B. Les monnaies
Fil conducteur
Quand l'euro monte face au dollar, les touristes américains trouvent les croissants de Léa plus chers ; son beurre importé, facturé en dollars, lui coûte en revanche moins cher.
En une phrase
Le TAUX DE CHANGE est le prix d’une monnaie exprimé dans une autre ; il se forme sur le marché des changes et influence les prix des importations, la compétitivité des exportations et les flux de capitaux.
Le taux de change, c’est le prix d’une monnaie dans une autre. Il se fixe sur un marché, et il change le prix de ce qu’on achète à l’étranger, la facilité à vendre à l’étranger et les mouvements d’argent.
Pourquoi c'est important
Les variations de change se répercutent sur la facture énergétique (le pétrole est payé en dollars), sur l’inflation importée, sur les résultats des entreprises exportatrices et sur le pouvoir d’achat des voyageurs. Elles sont aussi un canal de transmission de la politique monétaire.
Les variations de change jouent sur le prix de l’énergie (le pétrole se paie en dollars), sur l’inflation venue de l’étranger, sur les résultats des entreprises qui exportent et sur le budget des voyageurs. C’est aussi un des chemins par lesquels agit la banque centrale.
Comment ça marche
Cotation : 1 € = 1,15 $ signifie qu’un euro s’échange contre 1,15 dollar. Si le chiffre monte, l’euro s’APPRÉCIE ; s’il baisse, l’euro se DÉPRÉCIE.
Le change dépend de l’offre et de la demande de devises : commerce extérieur, écarts de taux d’intérêt (des taux plus élevés attirent les capitaux et font monter la monnaie), confiance, anticipations.
Une monnaie qui se déprécie rend les exportations moins chères pour l’étranger et les importations plus chères : elle soutient les exportateurs mais crée de l’inflation importée.
Régimes : changes flottants (le marché fixe le cours : euro, dollar), changes fixes (la banque centrale défend une parité), union monétaire (une seule monnaie).
À long terme, la PARITÉ DE POUVOIR D’ACHAT suggère que les taux de change tendent vers le niveau qui égalise le prix d’un même panier de biens entre pays.
Quand on lit « 1 € = 1,15 $ », un euro vaut 1,15 dollar. Si le chiffre monte, l’euro prend de la valeur ; s’il baisse, l’euro en perd.
Le change dépend de qui veut acheter ou vendre la monnaie : le commerce, les écarts de taux (des taux plus hauts attirent l’argent et font monter la monnaie), la confiance, ce qu’on attend.
Une monnaie qui baisse rend les produits du pays moins chers à l’étranger, et les produits étrangers plus chers chez soi. Cela aide les exportateurs, mais fait monter les prix.
Il y a plusieurs systèmes : le cours libre (l’euro, le dollar), le cours fixe (la banque centrale défend un niveau), la monnaie unique partagée par plusieurs pays.
À long terme, les monnaies auraient tendance à aller vers le niveau où un même panier de produits coûte pareil dans les deux pays.
Exemple concret
Le 1er janvier 2026, 1 euro vaut environ 1,17 dollar ; mi-septembre, environ 1,15. L’euro s’est légèrement déprécié : pour Léa, le beurre et le cacao achetés en dollars coûtent un peu plus cher en euros, tout comme le pétrole. Pour les touristes américains, Paris et Rennes sont devenus un peu moins chers. Ces effets s’ajoutent à ceux de la hausse du prix du baril.
Au 1er janvier 2026, un euro vaut environ 1,17 dollar ; mi-septembre, environ 1,15. L’euro a un peu baissé : pour Léa, le beurre et le cacao payés en dollars coûtent un peu plus cher en euros, comme le pétrole. Pour les touristes américains, la France est devenue un peu moins chère. Ça s’ajoute à la hausse du prix du pétrole.
Vocabulaire
Taux de change : Prix d’une monnaie exprimé en unités d’une autre monnaie.
Appréciation : Hausse de la valeur d’une monnaie en régime de changes flottants (on parle de réévaluation en changes fixes).
Dépréciation : Baisse de la valeur d’une monnaie en changes flottants (dévaluation en changes fixes).
Parité de pouvoir d’achat : Taux de change qui égaliserait le pouvoir d’achat de deux monnaies ; sert aussi à comparer les niveaux de vie entre pays.
Taux de change : Le prix d’une monnaie dans une autre.
Appréciation : Quand une monnaie prend de la valeur sur le marché (si c’est l’État qui la relève, on dit « réévaluation »).
Dépréciation : Quand une monnaie perd de la valeur sur le marché (si c’est l’État qui la baisse, on dit « dévaluation »).
Parité de pouvoir d’achat : Le taux de change qui permettrait d’acheter la même chose avec la même somme dans les deux pays. Sert aussi à comparer les niveaux de vie.
Les chiffres à connaître
≈ 1,17 $ → ≈ 1,15 $ : valeur de l’euro entre le 1er janvier et mi-septembre 2026 ; plus haut de l’année à 1,20 $ fin janvier, plus bas à 1,14 $ fin juin. Cours de référence EUR/USD, 2026.
44,2 Md€ : facture énergétique de la France en 2025, en grande partie libellée en dollars. Banque de France, rapport annuel 2025.
≈ 1,17 $ → ≈ 1,15 $ : ce que valait un euro au 1er janvier puis mi-septembre 2026. Plus haut de l’année : 1,20 $ fin janvier ; plus bas : 1,14 $ fin juin. Cours EUR/USD, 2026.
44,2 Md€ : ce que la France a payé pour son énergie importée en 2025, en grande partie en dollars. Banque de France, rapport annuel 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Gustav Cassel formalise la parité de pouvoir d’achat en 1916. Rudiger Dornbusch (1976) explique pourquoi les taux de change réagissent plus fort que les fondamentaux à court terme (« surréaction »). Le « triangle d’incompatibilité » de Mundell rappelle qu’un pays ne peut avoir à la fois changes fixes, libre circulation des capitaux et politique monétaire autonome.
Gustav Cassel décrit la parité de pouvoir d’achat en 1916. Rudiger Dornbusch (1976) explique pourquoi les monnaies bougent plus fort qu’elles ne le devraient à court terme. Et Mundell rappelle qu’un pays ne peut pas avoir en même temps un cours fixe, des capitaux libres de circuler et ses propres taux : il faut choisir deux des trois.
Piège / à ne pas confondre
Une monnaie forte n’est ni bonne ni mauvaise en soi : elle favorise le pouvoir d’achat des importateurs et des consommateurs, mais pèse sur les exportateurs. Et à l’intérieur de la zone euro, il n’y a plus de change : la France ne peut plus dévaluer face à l’Allemagne, elle ne peut ajuster que ses prix et ses coûts.
Une monnaie forte n’est ni bonne ni mauvaise en soi : elle aide ceux qui achètent à l’étranger, mais gêne ceux qui vendent à l’étranger. Et dans la zone euro, il n’y a plus de taux de change entre les pays : la France ne peut plus baisser sa monnaie face à l’Allemagne. Elle ne peut jouer que sur ses prix et ses coûts.
Pour anticiper
Les écarts de taux entre la BCE et la Réserve fédérale américaine, et la confiance relative dans les deux économies, guident l’euro-dollar. Une baisse de l’euro combinée à un pétrole cher aggrave l’inflation importée en zone euro ; une hausse l’atténue.
L’écart de taux entre la BCE et la banque centrale américaine, et la confiance dans les deux économies, guident l’euro face au dollar. Un euro qui baisse avec un pétrole cher fait encore plus monter les prix en Europe ; un euro qui monte les calme un peu.
À retenir
Change = prix d’une monnaie. Appréciation : exportations plus chères, importations moins chères. Dépréciation : l’inverse, avec inflation importée. Déterminants : commerce, taux d’intérêt, confiance. Triangle de Mundell.
Le taux de change, c’est le prix d’une monnaie. Une monnaie qui monte rend les importations moins chères et gêne les exportations ; une qui baisse fait l’inverse et fait monter les prix. Il dépend du commerce, des taux et de la confiance.
L'euro et la zone euro
Partie II — Les comptes et les monnaies · B. Les monnaies
Fil conducteur
Léa commande son chocolat en Belgique, ses machines en Italie et vend ses gâteaux à des touristes allemands : jamais elle n'a à se soucier du change.
En une phrase
L’euro est la monnaie unique de vingt et un pays de l’Union européenne ; il supprime les risques et coûts de change entre eux, mais les prive de politique monétaire et de taux de change nationaux, ce qui impose une coordination budgétaire.
L’euro est la monnaie commune de vingt et un pays européens. Plus besoin de changer d’argent entre eux, mais chaque pays a renoncé à ses propres taux d’intérêt et à sa propre monnaie. Il faut donc s’entendre sur les budgets.
Pourquoi c'est important
L’euro structure l’économie française : la BCE décide des taux pour tous, le budget reste national mais encadré par des règles communes. La crise des dettes souveraines de 2010-2012 a montré les fragilités d’une union monétaire sans budget commun. Comprendre ce cadre est indispensable pour lire les débats sur la dette et les déficits.
L’euro organise l’économie française : la BCE décide des taux pour tous, et chaque pays garde son budget, mais avec des règles communes. La crise des dettes de 2010-2012 a montré les faiblesses d’une monnaie commune sans budget commun. C’est indispensable pour comprendre les débats sur la dette et les déficits.
Comment ça marche
Étapes : traité de Maastricht (1992), naissance de l’euro scripturaire le 1er janvier 1999, billets et pièces en 2002. Vingt et un membres depuis l’entrée de la Bulgarie en 2026.
Critères d’entrée (de convergence) : inflation, déficit (3 % du PIB), dette (60 % du PIB), taux longs, stabilité du change.
La politique monétaire est unique (BCE) ; les politiques budgétaires restent nationales, encadrées par le PACTE DE STABILITÉ ET DE CROISSANCE, réformé en 2024 autour de trajectoires de dépenses pluriannuelles.
Un CHOC ASYMÉTRIQUE (qui frappe un pays et pas les autres) ne peut plus être amorti par le change ou les taux : il faut d’autres mécanismes (mobilité du travail, flexibilité des prix, transferts budgétaires).
Outils de stabilité créés après la crise : Mécanisme européen de stabilité (2012), union bancaire (supervision des grandes banques par la BCE), instruments de la BCE contre les écarts de taux injustifiés.
Les étapes : traité de Maastricht (1992), l’euro dans les comptes le 1er janvier 1999, billets et pièces en 2002. Vingt et un pays depuis l’arrivée de la Bulgarie en 2026.
Pour entrer, il faut respecter des critères : inflation basse, déficit sous 3 % du PIB, dette sous 60 % du PIB, taux longs modérés, monnaie stable.
Les taux sont décidés pour tous par la BCE. Les budgets restent nationaux, mais encadrés par des règles européennes (le « Pacte de stabilité »), revues en 2024 pour suivre des trajectoires de dépenses sur plusieurs années.
Si un choc ne frappe qu’un seul pays, il ne peut plus baisser sa monnaie ni ses taux. Il faut d’autres amortisseurs : des travailleurs qui bougent, des prix qui s’ajustent, des transferts d’argent.
Après la crise, l’Europe a créé des outils de secours : un fonds d’aide (le Mécanisme européen de stabilité, 2012), une surveillance commune des grandes banques par la BCE, et des moyens pour la BCE de calmer les écarts de taux injustifiés.
Exemple concret
Pour Léa, l’euro supprime le risque de change sur le chocolat belge et les machines italiennes, et rend les prix comparables d’un pays à l’autre. Pour la France, il signifie des taux d’intérêt fixés en fonction de la moyenne de la zone, pas de sa seule situation. Quand les investisseurs doutent des finances françaises, comme en septembre 2026, l’écart de taux avec l’Allemagne s’élargit sans que la France puisse dévaluer.
Pour Léa, l’euro supprime le risque de change sur le chocolat belge et les machines italiennes, et permet de comparer les prix entre pays. Pour la France, cela veut dire des taux fixés pour l’ensemble de la zone, pas selon sa seule situation. Quand les investisseurs doutent des finances françaises, comme en septembre 2026, la France paie plus cher que l’Allemagne pour emprunter, sans pouvoir baisser sa monnaie.
Vocabulaire
Union économique et monétaire : Processus d’intégration européenne comprenant la monnaie unique, la politique monétaire commune et la coordination des politiques économiques.
Zone monétaire optimale : Espace où l’avantage d’une monnaie commune l’emporte sur la perte de l’ajustement par le change, grâce à la mobilité des facteurs et à des chocs semblables.
Pacte de stabilité : Ensemble de règles européennes encadrant les déficits et dettes des États membres (référence : 3 % et 60 % du PIB).
Choc asymétrique : Choc économique qui affecte un pays ou une région de l’union et pas les autres.
Union économique et monétaire : Le projet européen qui réunit la monnaie commune, des taux communs et une coordination des politiques économiques.
Zone monétaire optimale : Un ensemble de pays pour qui une monnaie commune rapporte plus qu’elle ne coûte, parce que les gens et l’argent circulent bien et que les chocs se ressemblent.
Pacte de stabilité : Les règles européennes qui encadrent les déficits et les dettes des pays (repères : 3 % et 60 % du PIB).
Choc asymétrique : Un choc qui touche un pays ou une région, mais pas les autres.
Les chiffres à connaître
21 pays membres de la zone euro depuis le 1er janvier 2026 (entrée de la Bulgarie). Banque de France.
3 % et 60 % : valeurs de référence du déficit et de la dette publics, en pourcentage du PIB. Protocole sur la procédure concernant les déficits excessifs, annexé aux traités.
5,1 % et 115,6 % : déficit et dette publics de la France en 2025. INSEE, mars 2026.
21 pays dans la zone euro depuis le 1er janvier 2026 (arrivée de la Bulgarie). Banque de France.
3 % et 60 % : les repères européens pour le déficit et la dette publics, en pourcentage du PIB. Traités européens.
5,1 % et 115,6 % : le déficit et la dette de la France en 2025. INSEE, mars 2026.
Ce qu'en disent les économistes
Robert Mundell (1961) définit la zone monétaire optimale : l’union est viable si le travail est mobile ; Peter Kenen et Ronald McKinnon ajoutent la diversification des économies et leur ouverture. La zone euro remplit imparfaitement ces critères : pour ses défenseurs, l’intégration économique suit la monnaie ; pour ses critiques, il manque un vrai budget fédéral.
Robert Mundell (1961) explique quand une monnaie commune a du sens : il faut que les travailleurs puissent se déplacer d’un pays à l’autre. D’autres économistes ajoutent des économies variées et ouvertes. La zone euro ne remplit ces conditions qu’en partie. Ses défenseurs pensent que l’intégration suit la monnaie ; ses critiques estiment qu’il manque un vrai budget européen.
Piège / à ne pas confondre
Zone euro et Union européenne ne se confondent pas : vingt-sept pays dans l’UE, vingt et un dans la zone euro (la Suède, la Pologne ou la Hongrie n’ont pas l’euro). Et la BCE ne peut pas financer directement les États : l’achat de titres publics à l’émission lui est interdit par les traités.
Zone euro et Union européenne, ce n’est pas pareil : vingt-sept pays dans l’Union, vingt et un avec l’euro (la Suède, la Pologne ou la Hongrie ne l’ont pas). Et la BCE n’a pas le droit de prêter directement aux États : les traités le lui interdisent.
Pour anticiper
Les écarts de taux entre pays de la zone (France–Allemagne, Italie–Allemagne) sont le thermomètre des tensions. Surveille les procédures européennes pour déficit excessif, dont la France fait l’objet, et les avis de la Commission sur les budgets nationaux chaque automne.
Les écarts de taux entre pays de la zone (France–Allemagne, Italie–Allemagne) mesurent les tensions. Surveille la procédure européenne pour déficit trop élevé, qui vise la France, et l’avis de la Commission sur les budgets chaque automne.
À retenir
Euro : 21 pays, BCE unique, budgets nationaux encadrés (3 %, 60 %). Gains : fin du risque de change, intégration. Coûts : plus d’ajustement par le change ni par les taux nationaux face aux chocs asymétriques.
Vingt et un pays partagent l’euro et la BCE ; chaque pays garde son budget, avec des règles communes. On gagne la fin des changes ; on perd la possibilité d’ajuster sa monnaie et ses taux quand un choc ne frappe que soi.