Tous les « À retenir » du cours, dans l'ordre du plan : l'essentiel à garder sous la main.
Rareté, choix et coût d'opportunité
Partie I — Les marchés et les prix · A. Le raisonnement économique
Fil conducteur
Léa ouvre sa boulangerie à Rennes. Elle dispose d'un four, de deux bras en plus des siens (Karim, son apprenti) et de journées de quatorze heures. Chaque fournée de gâteaux qu'elle lance est une fournée de pain qu'elle ne fera pas.
En une phrase
L’économie étudie la façon dont des agents font des choix sous contrainte de RARETÉ : toute ressource utilisée à une fin ne l’est pas à une autre, et ce renoncement est le vrai coût d’une décision.
Le temps, l’argent et les matières premières sont limités. Tu dois donc choisir. Et chaque choix te fait renoncer à autre chose : c’est ça, le vrai prix d’une décision.
Pourquoi c'est important
Sans rareté, pas de problème économique : si tout était disponible sans limite, il n’y aurait ni prix, ni choix, ni arbitrage. C’est parce que les besoins dépassent les moyens qu’il faut décider quoi produire, comment et pour qui. Cette grille de lecture s’applique à un ménage, à une entreprise comme à un État.
Si tout était illimité, il n’y aurait rien à choisir, et donc pas besoin d’économie. Mais nos envies dépassent toujours nos moyens. Il faut donc décider quoi produire, comment, et pour qui. Cette question se pose à une famille, à une entreprise et à un pays.
Comment ça marche
Une ressource est rare lorsqu’elle est disponible en quantité inférieure aux besoins qu’on voudrait satisfaire avec elle : temps, travail, capital, terre, énergie.
Tout choix implique un ARBITRAGE entre plusieurs usages possibles de la même ressource.
Le COÛT D’OPPORTUNITÉ d’un choix est la valeur de la meilleure option à laquelle on renonce. Il ne se limite pas à la dépense monétaire : il inclut le temps et les revenus perdus.
La frontière des possibilités de production représente toutes les combinaisons maximales que l’on peut produire avec des ressources données. Se déplacer le long de la frontière révèle le coût d’opportunité ; être en dessous signifie qu’on gaspille ; aller au-delà est impossible sans plus de ressources ou de meilleures techniques.
Les coûts déjà engagés et irrécupérables (« coûts irrécupérables ») ne doivent pas peser sur une décision future : seuls comptent les coûts et gains à venir.
Une ressource est rare quand il y en a moins que ce qu’on voudrait en faire : le temps, le travail, les machines, la terre, l’énergie.
Chaque choix oblige à trancher entre plusieurs façons d’utiliser la même chose.
Le coût d’opportunité, c’est la valeur de la meilleure option que tu abandonnes. Ce n’est pas que l’argent dépensé : c’est aussi le temps et les revenus que tu perds.
On peut dessiner toutes les combinaisons maximales qu’on peut produire avec ce qu’on a : c’est la frontière des possibilités. Glisser le long de la frontière montre ce qu’on sacrifie. Être en dessous, c’est gaspiller. Aller au-delà est impossible sans plus de moyens ou de meilleures techniques.
L’argent déjà dépensé et qu’on ne récupérera pas ne doit pas guider la suite : seuls comptent les coûts et les gains à venir.
Frontière des possibilités de production. Chaque point de la courbe est une façon d'utiliser au mieux le four. Passer de A vers plus de gâteaux oblige à renoncer à du pain : c'est le coût d'opportunité.
Exemple concret
Tom, le fils de Léa, hésite entre un master de deux ans et un emploi payé 1 900 € net par mois. Le coût du master n’est pas seulement de 4 000 € de frais d’inscription : c’est aussi environ 45 600 € de salaires non perçus sur deux ans. C’est ce total qu’il doit comparer au supplément de revenu qu’il espère ensuite.
Tom, le fils de Léa, hésite entre un master de deux ans et un emploi payé 1 900 € net par mois. Le master ne lui coûte pas seulement 4 000 € de frais d’inscription. Il lui coûte aussi environ 45 600 € de salaires qu’il ne touchera pas pendant deux ans. C’est ce total qu’il doit comparer à ce que le diplôme lui rapportera plus tard.
Vocabulaire
Rareté : Situation où une ressource est disponible en quantité insuffisante pour satisfaire tous les usages souhaités. Fondement de toute l’analyse économique.
Coût d’opportunité : Valeur de la meilleure alternative sacrifiée lorsqu’on fait un choix.
Arbitrage : Choix entre plusieurs usages concurrents d’une ressource limitée, en comparant avantages et coûts.
Coût irrécupérable : Dépense déjà engagée qu’aucune décision future ne permet de récupérer ; elle ne doit pas influencer le choix.
Rareté : Quand il n’y a pas assez d’une ressource pour tout ce qu’on voudrait en faire. C’est le point de départ de toute l’économie.
Coût d’opportunité : Ce que vaut la meilleure option que tu abandonnes en choisissant.
Arbitrage : Le fait de trancher entre plusieurs usages d’une même ressource, en pesant le pour et le contre.
Coût irrécupérable : Argent déjà dépensé que tu ne récupéreras pas, quoi que tu fasses. Il ne doit pas guider ta décision.
Les chiffres à connaître
17,9 % : part du revenu disponible que les ménages français ont épargnée en 2025, donc renoncé à consommer tout de suite. INSEE, comptes de la Nation 2025.
1 714,1 Md€ : dépenses publiques françaises en 2025 (57,2 % du PIB). Chaque euro affecté à un poste ne l’est pas à un autre. INSEE, mars 2026.
17,9 % : part de leurs revenus que les ménages français ont mise de côté en 2025, au lieu de la dépenser tout de suite. INSEE, comptes de la Nation 2025.
1 714,1 Md€ : ce que les administrations publiques ont dépensé en 2025 (57,2 % du PIB). Chaque euro mis quelque part ne va pas ailleurs. INSEE, mars 2026.
Ce qu'en disent les économistes
Lionel Robbins (1932) définit l’économie comme « la science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre des fins et des moyens rares à usages alternatifs ». Frédéric Bastiat, dès 1850, invitait à distinguer « ce qu’on voit » (la dépense) de « ce qu’on ne voit pas » (ce qu’elle a empêché) : c’est l’intuition du coût d’opportunité.
L’économiste Lionel Robbins (1932) dit que l’économie étudie comment les gens utilisent des moyens rares, qui pourraient servir à autre chose, pour atteindre leurs buts. Frédéric Bastiat, dès 1850, disait déjà qu’il faut regarder « ce qu’on voit » (la dépense) et « ce qu’on ne voit pas » (ce qu’elle a empêché). C’est l’idée du coût d’opportunité.
Piège / à ne pas confondre
Gratuit ne veut pas dire sans coût. Un service public gratuit à l’usage est payé par l’impôt, et une heure passée à attendre une place gratuite a un coût d’opportunité. Autre piège : continuer un projet parce qu’on y a « déjà trop investi » est l’erreur des coûts irrécupérables.
Gratuit ne veut pas dire que ça ne coûte rien. Un service public gratuit est payé par les impôts. Et une heure passée à attendre a, elle aussi, un coût. Autre piège : continuer un projet juste parce qu’on y a « déjà trop mis », c’est se laisser guider par de l’argent perdu de toute façon.
Pour anticiper
Quand un gouvernement annonce une dépense nouvelle, la question utile est : que finance-t-on en moins, ou quelle hausse d’impôt ou de dette l’accompagne ? Quand une entreprise investit massivement dans un domaine (l’intelligence artificielle, par exemple), regarde ce qu’elle cesse de financer.
Quand l’État annonce une nouvelle dépense, pose-toi la question : qu’est-ce qu’on finance en moins, ou quel impôt ou quelle dette vient en face ? Quand une entreprise mise tout sur un domaine (l’intelligence artificielle, par exemple), regarde ce qu’elle arrête de financer.
À retenir
Rareté → choix → coût d’opportunité. Le coût d’une décision est ce à quoi on renonce, pas seulement ce qu’on paie. Les coûts passés et irrécupérables ne comptent pas.
Tout est limité, donc il faut choisir, et chaque choix fait renoncer à autre chose. Le vrai coût d’une décision, c’est ce que tu abandonnes. L’argent déjà perdu ne compte plus.
Raisonner à la marge
Partie I — Les marchés et les prix · A. Le raisonnement économique
Fil conducteur
Léa se demande si elle doit ouvrir aussi le dimanche après-midi. La question n'est pas « la boulangerie est-elle rentable ? » mais « ces quatre heures de plus rapportent-elles plus qu'elles ne coûtent ? ».
En une phrase
Les décisions économiques se prennent à la MARGE : on compare le gain et le coût d’une unité supplémentaire, et l’on continue tant que le gain marginal dépasse le coût marginal.
On décide rarement en « tout ou rien ». On se demande : une unité de plus, est-ce que ça rapporte plus que ça ne coûte ? Si oui, on continue. Sinon, on s’arrête.
Pourquoi c'est important
La moyenne trompe. Une activité peut être rentable en moyenne alors que sa dernière heure fait perdre de l’argent, et inversement. Le raisonnement marginal explique pourquoi les prix, les salaires et les quantités s’ajustent par petites touches, et il sert d’outil de décision dans la vie courante.
La moyenne peut te tromper. Une activité peut gagner de l’argent en moyenne, alors que sa dernière heure en fait perdre. Et l’inverse. Raisonner « à la marge » explique pourquoi les prix, les salaires et les quantités bougent par petites touches. C’est aussi un outil pour décider au quotidien.
Comment ça marche
Le COÛT MARGINAL est le coût de la dernière unité produite ; la RECETTE MARGINALE ce qu’elle rapporte. Un producteur rationnel produit jusqu’au point où les deux s’égalisent.
L’UTILITÉ MARGINALE est la satisfaction apportée par la dernière unité consommée. Elle est en général décroissante : le troisième croissant du matin fait moins plaisir que le premier.
Les RENDEMENTS DÉCROISSANTS : si l’on ajoute toujours plus d’un facteur (du travail) à une quantité fixe d’un autre (un four), chaque unité supplémentaire produit de moins en moins.
Un consommateur répartit son budget de façon qu’un euro supplémentaire lui apporte la même satisfaction, quel que soit le bien acheté.
Le coût marginal, c’est ce que coûte la dernière unité produite. La recette marginale, c’est ce qu’elle rapporte. On produit jusqu’à ce que les deux soient égales.
L’utilité marginale, c’est le plaisir apporté par la dernière unité consommée. Il baisse en général : le troisième croissant du matin fait moins plaisir que le premier.
Les rendements décroissants : si tu ajoutes toujours plus de bras autour d’un seul four, chaque personne en plus produit de moins en moins.
Tu répartis ton budget pour qu’un euro de plus te fasse autant plaisir, quel que soit ce que tu achètes.
Exemple concret
Ouvrir le dimanche après-midi coûte à Léa 180 € (salaire majoré de Karim, électricité, invendus). Si ces quatre heures rapportent 250 € de marge sur les ventes, elle a intérêt à ouvrir, même si sa boulangerie perdait de l’argent sur l’ensemble du mois. Si elles ne rapportent que 150 €, elle doit rester fermée, même si sa boulangerie est très rentable par ailleurs.
Ouvrir le dimanche après-midi coûte à Léa 180 € (le salaire majoré de Karim, l’électricité, les invendus). Si ces quatre heures rapportent 250 € de marge, elle a intérêt à ouvrir. Et ce, même si la boutique perdait de l’argent sur le mois. Si elles ne rapportent que 150 €, elle doit fermer. Et ce, même si la boutique gagne beaucoup par ailleurs.
Vocabulaire
Marginal : Relatif à la dernière unité (produite, consommée, travaillée). S’oppose à « moyen ».
Utilité marginale décroissante : Principe selon lequel chaque unité supplémentaire d’un bien procure une satisfaction moindre que la précédente.
Rendements décroissants : Baisse de la production supplémentaire obtenue lorsqu’on accroît un facteur de production en laissant les autres fixes.
Marginal : Qui concerne la dernière unité (produite, consommée, travaillée). C’est le contraire de « moyen ».
Utilité marginale décroissante : Chaque unité en plus d’un même bien te fait un peu moins plaisir que la précédente.
Rendements décroissants : Quand tu ajoutes toujours plus d’une même ressource sans changer le reste, chaque ajout produit de moins en moins.
Les chiffres à connaître
12,31 € : SMIC horaire brut depuis le 1er juin 2026. C’est le coût marginal minimum d’une heure de travail salarié, hors cotisations patronales. Code du travail, revalorisation automatique du 1er juin 2026.
+ 25 % : majoration légale des huit premières heures supplémentaires de la semaine, à défaut d’accord collectif (qui peut la ramener jusqu’à 10 %). L’heure « en plus » coûte plus cher. Code du travail, art. L3121-33 et L3121-36.
12,31 € : le SMIC brut de l’heure depuis le 1er juin 2026. C’est le coût minimum d’une heure de travail en plus, avant les cotisations de l’employeur. Code du travail, hausse automatique du 1er juin 2026.
+ 25 % : le supplément payé sur les huit premières heures supplémentaires de la semaine, sauf accord collectif (qui peut le baisser jusqu’à 10 %). L’heure « en plus » coûte donc plus cher. Code du travail, art. L3121-33 et L3121-36.
Ce qu'en disent les économistes
La « révolution marginaliste » des années 1870, portée par Jevons, Menger et Walras, fonde l’économie moderne : la valeur d’un bien ne vient pas du travail qu’il contient, mais de l’utilité de sa dernière unité. Elle résout le paradoxe de l’eau et du diamant : l’eau est vitale mais abondante, donc son utilité marginale est faible.
Dans les années 1870, Jevons, Menger et Walras changent la façon de penser la valeur. Pour eux, ce qui fait le prix d’un bien, c’est l’utilité de sa dernière unité, pas le travail qu’il a fallu pour le produire. Cela explique un vieux paradoxe : l’eau est vitale mais abondante, donc un verre de plus vaut peu ; le diamant est inutile mais rare, donc il vaut cher.
Piège / à ne pas confondre
Coût marginal et coût moyen ne vont pas toujours ensemble. Avec de gros coûts fixes (un logiciel, une ligne de métro), le coût marginal peut être quasi nul alors que le coût moyen est élevé. Ne pas en conclure que le produit « ne coûte rien ».
Coût de la dernière unité et coût moyen, ce n’est pas pareil. Quand il y a de gros coûts fixes (un logiciel, une ligne de métro), une unité de plus ne coûte presque rien, alors que le coût moyen reste élevé. Ça ne veut pas dire que le produit ne coûte rien.
Pour anticiper
Face à une hausse du prix de l’énergie ou du SMIC, les entreprises n’arrêtent pas tout : elles ajustent à la marge (horaires, dernière embauche, dernier produit de la gamme). Les premiers signaux d’un ralentissement se lisent donc dans les heures travaillées et l’intérim avant les licenciements.
Quand l’énergie ou le SMIC augmente, les entreprises n’arrêtent pas tout d’un coup. Elles ajustent petit à petit : moins d’heures, pas de nouvelle embauche, un produit en moins. Les premiers signes d’un ralentissement se voient donc dans les heures travaillées et l’intérim, avant les licenciements.
À retenir
Décider, c’est comparer gain marginal et coût marginal. Utilité marginale et rendements sont décroissants. La moyenne ne dit pas s’il faut faire une unité de plus.
Pour décider, compare ce que rapporte et ce que coûte une unité de plus. Le plaisir et la production supplémentaires baissent au fil des unités. La moyenne ne te dit pas s’il faut en faire une de plus.
L'offre, la demande et le prix d'équilibre
Partie I — Les marchés et les prix · B. Le marché
Fil conducteur
En mars 2026, le prix du blé grimpe et le meunier de Léa augmente sa farine. Au même moment, un salon s'installe à Rennes et les clients affluent. Deux chocs, deux courbes qui bougent.
En une phrase
Sur un marché concurrentiel, le prix s’ajuste jusqu’au niveau où la quantité que les acheteurs veulent acheter égale celle que les vendeurs veulent vendre : c’est le prix d’ÉQUILIBRE.
Sur un marché, le prix bouge jusqu’à ce que la quantité que les acheteurs veulent acheter soit égale à celle que les vendeurs veulent vendre. Ce prix-là, c’est le prix d’équilibre.
Pourquoi c'est important
Le prix est un signal : il transmet en une seule donnée une information dispersée entre des millions de personnes (un gel en Beauce, une mode, un nouveau concurrent). Comprendre ce mécanisme permet de prévoir l’effet d’un choc, d’une taxe ou d’un prix plafond sur les quantités et les prix.
Le prix est un message. En un seul chiffre, il résume ce que savent des millions de gens : un gel en Beauce, une mode, un nouveau concurrent. Comprendre ce mécanisme permet de prévoir ce que va faire un choc, une taxe ou un prix maximum imposé.
Comment ça marche
La DEMANDE diminue quand le prix monte : à prix élevé, les acheteurs achètent moins ou se tournent vers des substituts.
L’OFFRE augmente quand le prix monte : un prix élevé rend rentable la production de davantage d’unités.
Au-dessus du prix d’équilibre, l’offre excède la demande (surplus, invendus) et le prix baisse ; en dessous, la demande excède l’offre (PÉNURIE) et le prix monte.
Un changement du prix fait se déplacer LE LONG des courbes ; un changement d’un autre facteur (revenu, goûts, coût des intrants, météo) DÉPLACE la courbe entière et crée un nouvel équilibre.
Un prix plafond fixé sous l’équilibre crée une pénurie et des files d’attente ; un prix plancher fixé au-dessus crée des excédents.
Quand le prix monte, les acheteurs achètent moins, ou prennent autre chose à la place.
Quand le prix monte, les vendeurs veulent vendre plus, parce que produire davantage devient rentable.
Si le prix est trop haut, il y a trop d’offre : des invendus, et le prix baisse. S’il est trop bas, il n’y a pas assez d’offre : une pénurie, et le prix monte.
Si c’est le prix qui change, on glisse le long des courbes. Si c’est autre chose qui change (les revenus, les goûts, le coût des matières, la météo), toute la courbe bouge et un nouvel équilibre apparaît.
Un prix maximum imposé sous l’équilibre crée une pénurie et des files d’attente. Un prix minimum imposé au-dessus crée des surplus.
Hausse de la demande : la courbe se déplace, le prix d'équilibre monte. Quand la demande augmente (de D à D′) sans que l'offre change, le point d'équilibre monte : prix plus élevé et quantité échangée plus grande.
Exemple concret
La hausse du blé renchérit la farine : pour Léa, produire coûte plus cher, la courbe d’offre de pain se déplace vers le haut. L’afflux de visiteurs du salon, lui, déplace la demande vers la droite. Les deux chocs poussent le prix de la baguette dans le même sens : vers le haut. Sur la quantité vendue, en revanche, ils jouent en sens contraire et l’effet final dépend de leur force respective.
Le blé plus cher rend la farine plus chère : produire coûte plus à Léa, sa courbe d’offre monte. Les visiteurs du salon, eux, font grimper la demande. Les deux chocs poussent le prix de la baguette dans le même sens : vers le haut. Sur la quantité vendue, en revanche, ils tirent en sens contraires. Le résultat dépend de celui qui est le plus fort.
Vocabulaire
Loi de l’offre et de la demande : Mécanisme par lequel le prix d’un bien s’ajuste pour égaliser quantités offertes et demandées.
Prix d’équilibre : Prix pour lequel la quantité offerte égale la quantité demandée ; le marché est alors « soldé ».
Pénurie : Situation où la quantité demandée dépasse la quantité offerte au prix pratiqué.
Substitut : Bien qui peut en remplacer un autre pour le même usage (le train et la voiture). Si le prix de l’un monte, la demande de l’autre augmente.
Loi de l’offre et de la demande : Le mécanisme qui fait bouger le prix jusqu’à ce que ce qui est proposé et ce qui est voulu se rejoignent.
Prix d’équilibre : Le prix auquel la quantité proposée est égale à la quantité voulue. Tout ce qui est produit trouve preneur.
Pénurie : Quand les gens veulent acheter plus que ce qui est disponible au prix du moment.
Substitut : Un produit qui peut en remplacer un autre (le train et la voiture). Si l’un devient plus cher, on se reporte sur l’autre.
Les chiffres à connaître
≈ 63 $ → près de 100 $ : prix du baril de pétrole Brent entre fin 2025 et mars 2026, après le déclenchement du conflit au Moyen-Orient et les perturbations du détroit d’Ormuz. Un choc d’offre typique. INSEE, Note de conjoncture, 24 mars 2026.
+ 28,7 % : hausse sur un an des prix des produits pétroliers en France en août 2026. INSEE, indice des prix à la consommation, août 2026.
≈ 63 $ → près de 100 $ : le prix du baril de pétrole Brent entre fin 2025 et mars 2026, après le début du conflit au Moyen-Orient et les blocages du détroit d’Ormuz. L’offre chute, le prix bondit. INSEE, Note de conjoncture, 24 mars 2026.
+ 28,7 % : la hausse en un an des prix des carburants et du fioul en France, en août 2026. INSEE, indice des prix à la consommation, août 2026.
Ce qu'en disent les économistes
Alfred Marshall (1890) compare l’offre et la demande aux deux lames d’une paire de ciseaux : se demander laquelle fixe le prix revient à se demander quelle lame coupe le papier. Friedrich Hayek (1945) insiste sur le rôle du prix comme transmetteur d’information qu’aucun planificateur ne pourrait rassembler.
Alfred Marshall (1890) compare l’offre et la demande aux deux lames d’une paire de ciseaux : demander laquelle fixe le prix, c’est demander quelle lame coupe le papier. Friedrich Hayek (1945) insiste sur le fait que le prix fait circuler une information qu’aucun planificateur ne pourrait rassembler seul.
Piège / à ne pas confondre
Ne pas confondre « la demande augmente » (la courbe se déplace, à tout prix on achète plus) et « la quantité demandée augmente » (on glisse le long de la courbe parce que le prix a baissé). Et un prix qui monte ne dit pas à lui seul si c’est l’offre qui baisse ou la demande qui monte : il faut regarder les quantités.
« La demande augmente » veut dire que les gens veulent acheter plus, quel que soit le prix : la courbe bouge. « La quantité demandée augmente » veut dire qu’on achète plus parce que le prix a baissé : on glisse sur la courbe. Et un prix qui monte ne dit pas, à lui seul, si c’est l’offre qui baisse ou la demande qui monte. Il faut regarder les quantités.
Pour anticiper
Devant une flambée de prix, cherche d’abord la cause : choc d’offre (récolte, guerre, grève, blocage d’une route commerciale) ou choc de demande (reprise, mode, subvention) ? Un choc d’offre fait monter les prix et baisser les quantités ; un choc de demande fait monter les deux. Les politiques à mener ne sont pas les mêmes.
Quand un prix s’envole, cherche d’abord pourquoi. Est-ce que l’offre a chuté (mauvaise récolte, guerre, grève, route commerciale bloquée) ? Ou est-ce que la demande a bondi (reprise, mode, aide publique) ? Si c’est l’offre, les prix montent et les quantités baissent. Si c’est la demande, les deux montent. Et la bonne réponse n’est pas la même.
À retenir
Demande décroissante, offre croissante, équilibre au croisement. Prix qui change : on glisse sur la courbe. Autre facteur qui change : la courbe se déplace. Prix plafond → pénurie ; prix plancher → excédent.
Quand le prix monte, on achète moins et on produit plus. L’équilibre est au croisement. Si le prix change, on glisse sur la courbe ; si autre chose change, la courbe bouge. Prix maximum imposé : pénurie. Prix minimum imposé : surplus.
L'élasticité : qui réagit, et de combien
Partie I — Les marchés et les prix · B. Le marché
Fil conducteur
Léa augmente sa baguette de 10 centimes et ne perd presque aucun client. Elle augmente ses tartes aux fraises d'un euro et les ventes s'effondrent : la pâtisserie d'à côté en fait d'aussi bonnes.
En une phrase
L’ÉLASTICITÉ mesure la sensibilité d’une quantité à la variation d’un prix ou d’un revenu : c’est le pourcentage de variation de la quantité divisé par le pourcentage de variation du prix.
L’élasticité mesure à quel point les acheteurs réagissent quand le prix change. On compare le pourcentage de variation des ventes à celui du prix.
Pourquoi c'est important
Toutes les demandes ne réagissent pas pareil. Savoir si une demande est élastique dit à une entreprise si une hausse de prix augmentera ou diminuera son chiffre d’affaires, et à l’État qui supportera réellement une taxe. C’est aussi ce qui explique pourquoi une petite baisse de production de pétrole fait exploser son prix.
Tout le monde ne réagit pas pareil. Savoir si les acheteurs sont sensibles au prix dit à une entreprise si une hausse va faire monter ou baisser son chiffre d’affaires. Et dit à l’État qui paiera vraiment une taxe. C’est aussi pour ça qu’un petit manque de pétrole fait exploser son prix.
Comment ça marche
Élasticité-prix = (variation en % de la quantité demandée) ÷ (variation en % du prix). Elle est normalement négative ; on raisonne souvent sur sa valeur absolue.
Valeur absolue supérieure à 1 : demande ÉLASTIQUE, les acheteurs réagissent fortement ; une hausse de prix fait baisser la recette totale.
Valeur absolue inférieure à 1 : demande INÉLASTIQUE ; une hausse de prix fait augmenter la recette totale.
Une demande est d’autant moins élastique que le bien est nécessaire, sans substitut proche, et qu’il pèse peu dans le budget ; elle devient plus élastique à long terme, quand les acheteurs ont le temps de s’adapter.
L’INCIDENCE FISCALE : une taxe est supportée surtout par le côté du marché le moins élastique, quel que soit celui qui la verse au fisc.
Élasticité-prix = (variation en % des ventes) ÷ (variation en % du prix). Elle est en général négative, car quand le prix monte, on achète moins. On regarde surtout sa taille.
Plus grande que 1 : les acheteurs réagissent fort. Monter le prix fait baisser l’argent encaissé.
Plus petite que 1 : les acheteurs réagissent peu. Monter le prix fait augmenter l’argent encaissé.
Les gens réagissent peu quand le produit est indispensable, n’a pas de remplaçant et pèse peu dans le budget. Ils réagissent plus avec le temps, quand ils trouvent d’autres solutions.
Qui paie vraiment une taxe ? Surtout ceux qui ne peuvent pas s’en passer, peu importe qui la verse à l’État.
Exemple concret
Baguette : +10 % de prix, −2 % de ventes. Élasticité de −0,2 : demande inélastique, la recette de Léa augmente d’environ 8 %. Tarte aux fraises : +20 % de prix, −40 % de ventes. Élasticité de −2 : demande élastique, la recette chute d’environ 28 %. Même boutique, même clientèle, deux comportements opposés.
La baguette : prix +10 %, ventes −2 %. Élasticité de −0,2 : les clients réagissent peu, et Léa encaisse environ 8 % de plus. La tarte aux fraises : prix +20 %, ventes −40 %. Élasticité de −2 : les clients réagissent fort, et Léa encaisse environ 28 % de moins. Même boutique, mêmes clients, deux réactions opposées.
Vocabulaire
Élasticité-prix : Rapport entre la variation relative de la quantité demandée et la variation relative du prix.
Demande inélastique : Demande peu sensible au prix (valeur absolue de l’élasticité inférieure à 1) : carburant, tabac, médicaments à court terme.
Élasticité-revenu : Sensibilité de la demande au revenu. Supérieure à 1 pour les biens de luxe, négative pour les biens « inférieurs » que l’on délaisse quand on s’enrichit.
Incidence fiscale : Répartition effective du poids d’une taxe entre acheteurs et vendeurs, qui dépend de leurs élasticités.
Élasticité-prix : Le rapport entre la variation des ventes en % et la variation du prix en %.
Demande inélastique : Une demande qui bouge peu quand le prix change : carburant, tabac, médicaments à court terme.
Élasticité-revenu : À quel point on achète plus quand on gagne plus. Beaucoup plus pour le luxe. Moins pour certains produits qu’on abandonne quand on s’enrichit.
Incidence fiscale : Qui supporte vraiment le poids d’une taxe, acheteurs ou vendeurs. Cela dépend de qui peut le moins s’en passer.
Les chiffres à connaître
+ 16,7 % : hausse sur un an des prix de l’énergie en France en août 2026, alors que l’inflation d’ensemble n’était que de 2,4 % : la demande d’énergie, peu élastique à court terme, laisse passer les chocs de prix. INSEE, août 2026.
5,4 millions de voitures d’occasion vendues en France en 2025, contre 1,63 million de voitures neuves : face au prix élevé du neuf, les ménages se reportent sur un substitut. AAA Data, bilan 2025.
+ 16,7 % : la hausse en un an des prix de l’énergie en France en août 2026, alors que les prix en général n’ont monté que de 2,4 %. On ne peut pas vite se passer d’énergie, donc les hausses passent. INSEE, août 2026.
5,4 millions de voitures d’occasion vendues en France en 2025, contre 1,63 million de voitures neuves. Le neuf est cher, donc on se rabat sur l’occasion. AAA Data, bilan 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Alfred Marshall formalise l’élasticité en 1890. Le « paradoxe de King », observé dès le XVIIe siècle, en découle : une mauvaise récolte peut enrichir les agriculteurs, car la demande de blé est si inélastique que la hausse du prix compense largement la baisse des volumes.
Alfred Marshall décrit l’élasticité en 1890. Un vieux constat, le « paradoxe de King », en découle : une mauvaise récolte peut enrichir les paysans. Les gens ont toujours besoin de blé, donc le prix monte tellement qu’il compense les quantités perdues.
Piège / à ne pas confondre
Pente et élasticité ne sont pas la même chose : l’élasticité raisonne en pourcentages, et une même droite de demande est élastique en haut et inélastique en bas. Autre piège : taxer « les entreprises » ne veut pas dire qu’elles paieront. Si leurs clients sont captifs, la taxe sera reportée dans les prix.
La pente d’une courbe et l’élasticité, ce n’est pas pareil. L’élasticité se calcule en pourcentages, et une même droite peut être très sensible en haut et peu sensible en bas. Autre piège : taxer « les entreprises » ne veut pas dire qu’elles paieront. Si leurs clients n’ont pas le choix, la taxe finira dans les prix.
Pour anticiper
Quand une taxe nouvelle est annoncée (sur les carburants, les billets d’avion, les sodas), demande-toi qui peut l’éviter. Les acheteurs sans alternative la paieront. Et devant un choc sur un bien essentiel peu élastique (énergie, alimentation de base), attends-toi à des hausses de prix fortes et rapides, puis à une adaptation plus lente des comportements.
Quand une nouvelle taxe est annoncée (sur les carburants, l’avion, les sodas), demande-toi qui peut l’éviter. Ceux qui n’ont pas d’autre choix la paieront. Et quand un produit indispensable est touché (énergie, alimentation de base), attends-toi à des hausses de prix fortes et rapides. Les gens changent leurs habitudes ensuite, plus lentement.
À retenir
Élasticité = % quantité ÷ % prix. Au-delà de 1 en valeur absolue : élastique, hausse de prix = baisse de recette. En dessous : inélastique, hausse de prix = hausse de recette. La taxe pèse sur le côté le moins élastique.
L’élasticité compare la variation des ventes à celle du prix. Plus que 1 : les clients fuient, monter le prix fait perdre de l’argent. Moins que 1 : ils restent, monter le prix en fait gagner. Une taxe retombe sur ceux qui ne peuvent pas s’en passer.
Concurrence, monopole, oligopole
Partie I — Les marchés et les prix · B. Le marché
Fil conducteur
Pour son pain, Léa a cinq concurrents dans le quartier : elle ne peut pas fixer son prix à sa guise. Pour son électricité et ses sacs de farine bio, elle n'a guère le choix du fournisseur.
En une phrase
La structure d’un marché, c’est-à-dire le nombre et la taille des vendeurs, détermine leur POUVOIR DE MARCHÉ : leur capacité à fixer un prix supérieur à leur coût sans perdre tous leurs clients.
Le nombre et la taille des vendeurs sur un marché décident de leur pouvoir : peuvent-ils vendre plus cher que ce que ça leur coûte, sans perdre tous leurs clients ?
Pourquoi c'est important
Plus un marché est concentré, plus les prix risquent d’être élevés et l’innovation lente. C’est la raison d’être du droit de la concurrence et de l’Autorité de la concurrence. Comprendre la structure d’un secteur aide à expliquer ses prix, ses marges et ses réactions aux chocs.
Plus un marché est tenu par peu d’acteurs, plus les prix risquent d’être hauts et l’innovation lente. C’est pour ça qu’existe une autorité chargée de surveiller la concurrence. Connaître la structure d’un secteur aide à comprendre ses prix, ses marges et ses réactions aux crises.
Comment ça marche
CONCURRENCE PARFAITE : très nombreux vendeurs, produit identique, information complète, libre entrée. Chaque vendeur est « preneur de prix » ; le prix tend vers le coût marginal et les profits exceptionnels disparaissent.
MONOPOLE : un seul vendeur. Il choisit son prix, produit moins et vend plus cher qu’en concurrence. Certains monopoles sont « naturels » (réseaux) : un seul réseau est moins coûteux que plusieurs.
OLIGOPOLE : quelques grands vendeurs interdépendants, chacun surveille les réactions des autres. Risque d’entente tacite ou de cartel.
CONCURRENCE MONOPOLISTIQUE : beaucoup de vendeurs, mais des produits différenciés (marque, localisation, qualité), qui donnent à chacun un petit pouvoir de marché.
Les barrières à l’entrée (brevets, coûts fixes, réglementation, effets de réseau) protègent le pouvoir de marché des entreprises installées.
Concurrence parfaite : énormément de vendeurs, un produit identique, tout le monde est bien informé, chacun peut entrer. Personne ne choisit son prix, il tend vers le coût de production et les gros profits disparaissent.
Monopole : un seul vendeur. Il choisit son prix, produit moins et vend plus cher. Certains monopoles sont « naturels » (réseaux électriques, rails) : un seul réseau coûte moins cher que plusieurs.
Oligopole : quelques grands vendeurs qui se surveillent entre eux. Risque qu’ils s’entendent, ouvertement ou non.
Concurrence monopolistique : beaucoup de vendeurs, mais chacun a un produit un peu différent (marque, emplacement, qualité). Cela donne à chacun un petit pouvoir sur son prix.
Des obstacles (brevets, gros investissements de départ, règles, effets de réseau) empêchent de nouveaux venus d’entrer et protègent ceux qui sont là.
Exemple concret
La baguette de quartier relève de la concurrence monopolistique : chaque boulangerie a sa clientèle et sa recette, mais un écart de prix trop fort fait fuir les clients. La grande distribution alimentaire est un oligopole : six enseignes se partagent l’essentiel du marché, et Léa, pour ses fournitures, négocie face à des centrales d’achat très puissantes.
La baguette de quartier : chaque boulangerie a ses clients et sa recette, mais si elle est beaucoup plus chère, les clients partent. La grande distribution, elle, est aux mains de six enseignes seulement. Et quand Léa achète ses fournitures, elle se retrouve face à des centrales d’achat très puissantes.
Vocabulaire
Concurrence parfaite : Modèle théorique de marché où aucun agent ne peut influencer le prix.
Monopole : Marché où un seul vendeur fait face à de nombreux acheteurs.
Oligopole : Marché dominé par un petit nombre de vendeurs interdépendants.
Pouvoir de marché : Capacité d’une entreprise à fixer un prix supérieur à son coût marginal de façon durable.
Entente : Accord, écrit ou tacite, entre concurrents pour limiter la concurrence (fixer les prix, se partager les clients). Interdite et sanctionnée.
Concurrence parfaite : Un marché idéal où personne ne peut peser sur le prix.
Monopole : Un seul vendeur face à beaucoup d’acheteurs.
Oligopole : Un marché tenu par quelques grands vendeurs qui se surveillent.
Pouvoir de marché : La capacité d’une entreprise à vendre durablement plus cher que ce que lui coûte la dernière unité.
Entente : Un accord, écrit ou non, entre concurrents pour moins se faire concurrence (fixer les prix, se partager les clients). C’est interdit et puni.
Les chiffres à connaître
24,4 %, 21,2 %, 17,6 % : parts de marché de Leclerc, Carrefour et Intermarché dans la grande distribution alimentaire ; les cinq premiers groupes pèsent environ 84,5 % du marché. Rapport du Sénat, 17 juin 2026.
379,3 M€ : montant total des sanctions prononcées par l’Autorité de la concurrence en 2025. Autorité de la concurrence, bilan 2025.
24,4 %, 21,2 %, 17,6 % : la part du marché des courses alimentaires tenue par Leclerc, Carrefour et Intermarché. Les cinq premiers groupes en tiennent environ 84,5 %. Rapport du Sénat, 17 juin 2026.
379,3 M€ : le total des amendes infligées par l’Autorité de la concurrence en 2025. Autorité de la concurrence, bilan 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Adam Smith (1776) observait déjà que des marchands d’une même branche se réunissent rarement sans que la conversation finisse en conspiration contre le public. Joseph Schumpeter (1942) nuance : un monopole temporaire, obtenu par l’innovation, est le moteur de la « destruction créatrice » et donc du progrès.
Adam Smith (1776) remarquait déjà que des marchands d’un même métier qui se réunissent finissent souvent par comploter contre les clients. Joseph Schumpeter (1942) nuance : une entreprise qui domine un temps grâce à une invention, c’est ce qui fait avancer l’économie. Il appelle ça la « destruction créatrice ».
Piège / à ne pas confondre
Être gros n’est pas interdit ; c’est l’abus de position dominante et l’entente qui le sont. Et un marché avec peu d’acteurs n’est pas forcément peu concurrentiel : deux entreprises qui se livrent une guerre des prix peuvent être très concurrentielles.
Être gros n’est pas interdit. Ce qui est interdit, c’est d’abuser de sa position dominante, ou de s’entendre avec ses concurrents. Et peu d’acteurs ne veut pas forcément peu de concurrence : deux entreprises en guerre des prix se font une concurrence féroce.
Pour anticiper
Dans un secteur très concentré, les hausses de coûts se répercutent plus vite dans les prix, et les baisses plus lentement (« effet fusée et plume »). Surveille aussi les fusions annoncées : elles modifient la structure d’un marché pour des années.
Dans un secteur tenu par peu d’acteurs, quand les coûts montent, les prix suivent vite. Quand les coûts baissent, les prix baissent lentement. On appelle ça « la fusée et la plume ». Surveille aussi les rachats annoncés : ils changent un marché pour des années.
À retenir
Concurrence parfaite : prix = coût marginal. Monopole : moins de production, prix plus élevé. Oligopole : interdépendance et risque d’entente. Les barrières à l’entrée protègent le pouvoir de marché ; l’abus et l’entente sont sanctionnés.
Beaucoup de vendeurs : le prix colle au coût. Un seul vendeur : moins de produits, plus chers. Quelques vendeurs : ils se surveillent et risquent de s’entendre. Les obstacles à l’entrée protègent les installés. Abuser de sa position ou s’entendre est puni.
Externalités et biens publics
Partie II — Quand le marché ne suffit pas · A. Les défaillances de marché
Fil conducteur
Le four de Léa rejette du CO₂ qu'elle ne paie pas. L'éclairage de la rue, lui, profite à sa vitrine sans qu'elle ait rien à débourser.
En une phrase
Le marché échoue lorsque certains coûts ou bénéfices ne passent pas par les prix (EXTERNALITÉS) ou lorsqu’un bien profite à tous sans qu’on puisse exclure ceux qui ne paient pas (BIENS PUBLICS).
Le marché fonctionne mal quand certains coûts ou avantages n’apparaissent dans aucun prix, ou quand un bien profite à tout le monde sans qu’on puisse faire payer chacun.
Pourquoi c'est important
Ces défaillances justifient l’intervention publique : taxe carbone, normes, subventions à la recherche, financement par l’impôt de la défense ou de l’éclairage public. Elles sont au cœur de la question climatique, le plus grand exemple d’externalité négative.
Ces défauts du marché expliquent pourquoi l’État intervient : taxe carbone, normes, aides à la recherche, défense et éclairage payés par l’impôt. Le climat en est le plus grand exemple.
Comment ça marche
Une EXTERNALITÉ NÉGATIVE est un coût imposé à des tiers sans compensation (pollution, bruit) : le bien est alors trop produit, car son prix ne reflète pas son coût pour la société.
Une EXTERNALITÉ POSITIVE est un bénéfice procuré à des tiers sans rémunération (vaccination, recherche, rénovation d’une façade) : le bien est sous-produit.
Un BIEN PUBLIC est non rival (ma consommation ne réduit pas la tienne) et non excluable (on ne peut pas empêcher quelqu’un d’en profiter). Chacun a intérêt à laisser payer les autres : c’est le PASSAGER CLANDESTIN, et le marché ne le produit pas assez.
Remèdes : taxer l’externalité négative à hauteur du dommage (taxe pigouvienne), créer un marché de droits à polluer, fixer des normes, subventionner les externalités positives, financer les biens publics par l’impôt.
Une externalité négative, c’est un coût que tu imposes à d’autres sans les payer (pollution, bruit). Comme il n’est pas dans le prix, on en produit trop.
Une externalité positive, c’est un avantage que tu offres à d’autres sans être payé (se vacciner, faire de la recherche, rénover sa façade). Comme personne ne te paie, on en produit trop peu.
Un bien public profite à tous en même temps, et personne ne peut en être privé (l’éclairage d’une rue, la défense). Chacun préfère laisser payer les autres : c’est le « passager clandestin ». Le marché n’en produit pas assez.
Les solutions : taxer la pollution à hauteur des dégâts, créer un marché de permis de polluer, imposer des normes, aider ce qui profite à tous, payer les biens publics avec l’impôt.
Exemple concret
Le marché européen du carbone (EU ETS) oblige les grandes installations industrielles à détenir un quota par tonne de CO₂ émise. Les quotas s’échangent : une entreprise qui réduit ses émissions peut revendre les siens. Le prix du quota rend le coût de la pollution visible dans les calculs des entreprises. Le four de Léa, trop petit, n’y est pas soumis, mais le prix de son électricité et de ses livraisons le répercute en partie.
Le marché européen du carbone oblige les grandes usines à acheter un « permis » pour chaque tonne de CO₂ qu’elles rejettent. Ces permis s’échangent : une usine qui pollue moins peut revendre les siens. Le prix du permis fait apparaître le coût de la pollution dans les comptes. Le four de Léa est trop petit pour être concerné. Mais elle en paie une partie à travers son électricité et ses livraisons.
Vocabulaire
Externalité : Effet d’une activité sur des tiers, positif ou négatif, qui n’est pas pris en compte par le marché.
Bien public : Bien non rival et non excluable (défense, phare, éclairage public).
Passager clandestin : Agent qui profite d’un bien sans contribuer à son financement, en comptant sur les autres.
Taxe pigouvienne : Taxe égale au coût de l’externalité négative, qui fait payer au pollueur le dommage qu’il cause.
Externalité : L’effet d’une activité sur d’autres personnes, bon ou mauvais, qui n’apparaît dans aucun prix.
Bien public : Un bien que tout le monde peut utiliser en même temps et dont on ne peut priver personne (défense, phare, éclairage des rues).
Passager clandestin : Quelqu’un qui profite d’un bien sans le payer, en comptant sur les autres.
Taxe pigouvienne : Une taxe égale aux dégâts causés, qui fait payer au pollueur ce qu’il coûte aux autres.
Les chiffres à connaître
≈ 84 € la tonne : prix du quota de CO₂ sur le marché européen du carbone début septembre 2026 (après un pic au-dessus de 92 € en janvier). La Lettre du Carbone, septembre 2026.
1er janvier 2026 : entrée en phase définitive du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE (MACF), qui fait payer le carbone contenu dans certaines importations (acier, ciment, aluminium, engrais…). Règlement (UE) 2023/956.
≈ 84 € la tonne : le prix du permis de rejeter une tonne de CO₂ en Europe début septembre 2026 (il avait dépassé 92 € en janvier). La Lettre du Carbone, septembre 2026.
1er janvier 2026 : l’Europe commence à faire payer vraiment le carbone contenu dans certaines importations (acier, ciment, aluminium, engrais…). C’est le « mécanisme d’ajustement carbone aux frontières ». Règlement (UE) 2023/956.
Ce qu'en disent les économistes
Arthur Cecil Pigou (1920) propose de taxer les externalités négatives. Ronald Coase (1960) montre que, si les droits de propriété sont clairs et la négociation peu coûteuse, les parties peuvent régler l’externalité entre elles. Elinor Ostrom (Nobel 2009) montre que des communautés savent gérer durablement des ressources communes sans État ni marché.
Arthur Cecil Pigou (1920) propose de taxer les pollueurs. Ronald Coase (1960) montre que, si on sait clairement qui a droit à quoi et que discuter coûte peu, les gens peuvent régler le problème entre eux. Elinor Ostrom (prix Nobel 2009) montre que des communautés savent gérer des ressources partagées sans l’État ni le marché.
Piège / à ne pas confondre
« Bien public » ne veut pas dire « bien produit par l’État ». Un bien public est défini par ses caractéristiques (non rival, non excluable), pas par son producteur. La SNCF ou La Poste produisent des biens privés ; une association peut produire un bien public.
« Bien public » ne veut pas dire « fait par l’État ». C’est un bien que tout le monde utilise en même temps et dont on ne peut exclure personne, peu importe qui le produit. Un billet de train est un bien privé ; une association peut produire un bien public.
Pour anticiper
Le prix du carbone et l’extension du mécanisme aux frontières vont peser sur les coûts de l’industrie, du transport et du chauffage dans les années qui viennent : le système d’échange élargi aux bâtiments et au transport routier (« ETS 2 ») est prévu en Europe. Les secteurs très émetteurs doivent investir ou voir leurs coûts monter.
Le prix du carbone et la taxe aux frontières vont faire monter les coûts de l’industrie, du transport et du chauffage dans les années qui viennent. L’Europe prévoit d’étendre le système aux bâtiments et au transport routier (« ETS 2 »). Les secteurs qui polluent beaucoup devront investir, ou voir leurs coûts grimper.
À retenir
Externalité négative → surproduction ; positive → sous-production. Bien public = non rival + non excluable → passager clandestin. Remèdes : taxe pigouvienne, marché de quotas, normes, subventions, impôt.
Quand on pollue sans payer, on produit trop. Quand on rend service sans être payé, on produit trop peu. Un bien que tout le monde utilise sans pouvoir être exclu attire les resquilleurs. Solutions : taxe, permis de polluer, normes, aides, impôt.
L'information imparfaite
Partie II — Quand le marché ne suffit pas · A. Les défaillances de marché
Fil conducteur
Léa veut racheter une camionnette d'occasion pour ses livraisons. Le vendeur, lui, sait si l'embrayage est fatigué. Elle non.
En une phrase
Quand un camp en sait plus que l’autre (ASYMÉTRIE D’INFORMATION), le marché peut mal fonctionner, voire disparaître : les bons produits sont chassés par les mauvais, et les comportements changent une fois le contrat signé.
Quand le vendeur en sait plus que l’acheteur (ou l’inverse), le marché peut se dérégler, voire disparaître. Les bons produits sont chassés par les mauvais, et les gens changent de comportement une fois le contrat signé.
Pourquoi c'est important
Cette défaillance explique l’existence des garanties, des diplômes, des labels, des franchises d’assurance, de l’assurance maladie obligatoire et de la régulation bancaire. Elle est au cœur des crises financières : quand personne ne sait qui détient les actifs toxiques, plus personne ne prête à personne.
C’est pour ça qu’existent les garanties, les diplômes, les labels, les franchises d’assurance, l’assurance maladie obligatoire et les règles imposées aux banques. C’est aussi au cœur des crises financières : quand personne ne sait qui détient les mauvais placements, plus personne ne prête à personne.
Comment ça marche
La SÉLECTION ADVERSE survient avant le contrat : l’acheteur ne pouvant distinguer qualité et défaut, il propose un prix moyen ; les vendeurs de bonne qualité se retirent, la qualité moyenne baisse, et le marché peut s’effondrer.
L’ALÉA MORAL survient après le contrat : l’agent assuré ou financé prend plus de risques parce qu’il n’en supporte plus toutes les conséquences.
Les réponses du marché : signaux (diplôme, garantie, marque), filtrage (questionnaire, franchise), réputation (avis, historique).
Les réponses publiques : obligation d’information, assurance obligatoire, contrôle technique, régulation et supervision bancaires.
La sélection adverse arrive avant la signature. L’acheteur ne sait pas distinguer le bon produit du mauvais, donc il propose un prix moyen. Les vendeurs de bons produits s’en vont, la qualité baisse, et le marché peut s’écrouler.
L’aléa moral arrive après la signature. Une fois assuré ou financé, on prend plus de risques, parce qu’on n’en paie plus toutes les conséquences.
Ce que le marché invente : des signaux (diplôme, garantie, marque), des filtres (questionnaire, franchise), la réputation (avis, historique).
Ce que l’État impose : informer l’acheteur, s’assurer obligatoirement, passer le contrôle technique, surveiller les banques.
Exemple concret
Sur le marché de l’occasion, Léa ne peut pas savoir si la camionnette est saine : elle ne propose qu’un prix prudent. Les propriétaires de véhicules en bon état, mal payés, préfèrent ne pas vendre. D’où le contrôle technique obligatoire et le succès des garanties de professionnels. Une fois la camionnette assurée « tous risques », Léa sera peut-être un peu moins prudente en manœuvre : c’est l’aléa moral, que la franchise vient limiter.
Sur l’occasion, Léa ne peut pas savoir si la camionnette est en bon état. Elle ne propose donc qu’un prix prudent. Ceux qui ont une bonne camionnette, mal payés, préfèrent la garder. D’où le contrôle technique obligatoire et le succès des garanties des garages. Une fois assurée « tous risques », Léa fera peut-être un peu moins attention en manœuvrant. C’est l’aléa moral, et la franchise sert à le limiter.
Vocabulaire
Asymétrie d’information : Situation où l’une des parties à un échange dispose d’informations que l’autre n’a pas.
Sélection adverse : Éviction des bons produits ou des bons risques par les mauvais, faute d’information avant le contrat.
Aléa moral : Changement de comportement d’un agent après la signature d’un contrat qui le protège des conséquences de ses actes.
Signal : Élément coûteux à produire qui permet de révéler une qualité cachée (diplôme, garantie longue).
Asymétrie d’information : Quand l’un des deux côtés d’un échange sait des choses que l’autre ignore.
Sélection adverse : Quand les mauvais produits ou les mauvais risques chassent les bons, parce qu’on ne peut pas les distinguer avant de signer.
Aléa moral : Quand quelqu’un change de comportement après avoir signé un contrat qui le protège.
Signal : Une preuve qui coûte à obtenir et qui montre une qualité cachée (diplôme, longue garantie).
Les chiffres à connaître
5,4 millions de transactions de voitures d’occasion en France en 2025 : un marché où l’information inégale est la règle, d’où le contrôle technique et les garanties. AAA Data, bilan 2025.
2008 : faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre. Faute de savoir qui détenait des crédits immobiliers douteux, les banques ont cessé de se prêter entre elles. Chronologie de la crise financière.
5,4 millions de voitures d’occasion vendues en France en 2025. Sur ce marché, le vendeur en sait toujours plus que l’acheteur : d’où le contrôle technique et les garanties. AAA Data, bilan 2025.
2008 : faillite de la banque Lehman Brothers, le 15 septembre. Personne ne savait qui détenait des crédits douteux, donc les banques ont arrêté de se prêter entre elles. Chronologie de la crise financière.
Ce qu'en disent les économistes
George Akerlof (1970) décrit le « marché des tacots » (lemons) où l’asymétrie fait disparaître les bonnes voitures d’occasion. Michael Spence étudie le signal (le diplôme), Joseph Stiglitz le filtrage et le rationnement du crédit. Tous trois reçoivent le prix Nobel en 2001.
George Akerlof (1970) décrit un marché de voitures d’occasion où, faute d’information, les bonnes voitures disparaissent. Michael Spence étudie le signal (le diplôme). Joseph Stiglitz étudie comment les banques trient les emprunteurs et rationnent le crédit. Tous trois ont reçu le prix Nobel en 2001.
Piège / à ne pas confondre
Sélection adverse = avant le contrat, problème de caractéristiques cachées. Aléa moral = après le contrat, problème d’actions cachées. Les confondre est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet.
Sélection adverse : avant la signature, on ne voit pas la qualité. Aléa moral : après la signature, on ne voit pas le comportement. C’est l’erreur la plus fréquente sur ce sujet.
Pour anticiper
Quand l’incertitude monte sur la solidité des emprunteurs (entreprises fragiles, États très endettés), les prêteurs exigent une prime de risque plus forte ou cessent de prêter. L’écart de taux entre un emprunteur et un emprunteur jugé sûr (le « spread ») est le thermomètre de cette méfiance.
Quand on doute de la solidité de ceux qui empruntent (entreprises fragiles, pays très endettés), les prêteurs demandent un taux plus élevé ou arrêtent de prêter. L’écart de taux entre un emprunteur et un autre jugé sûr (le « spread ») mesure cette méfiance.
Quand un côté en sait plus que l’autre : avant la signature, les mauvais chassent les bons ; après, on prend plus de risques. Réponses : signaux, filtres, réputation, obligations, contrôles.
Le marché du travail et les salaires
Partie II — Quand le marché ne suffit pas · B. Un marché pas comme les autres
Fil conducteur
Léa voudrait embaucher un second vendeur. Elle calcule ce que lui coûtera ce poste, charges comprises, et ce qu'il rapportera en ventes supplémentaires le samedi.
En une phrase
Sur le marché du travail, les entreprises demandent du travail tant qu’une heure supplémentaire rapporte plus qu’elle ne coûte ; mais le salaire n’est pas un prix comme un autre : il est encadré par la loi, négocié collectivement, et il fait vivre des ménages.
Une entreprise embauche tant qu’une heure de travail en plus rapporte plus qu’elle ne coûte. Mais le salaire n’est pas un prix comme les autres : la loi l’encadre, il se négocie à plusieurs, et des familles en vivent.
Pourquoi c'est important
Le salaire est à la fois un revenu (il nourrit la consommation) et un coût (il pèse sur la compétitivité). Ce double visage est au centre des débats sur le SMIC, les cotisations sociales et le pouvoir d’achat. Il détermine aussi la répartition de la valeur ajoutée entre travail et capital.
Le salaire, c’est à la fois un revenu (qui fait vivre et consommer) et un coût (qui pèse sur l’entreprise). Ce double rôle est au centre des débats sur le SMIC, les cotisations et le pouvoir d’achat. Il décide aussi du partage des richesses entre salariés et propriétaires.
Comment ça marche
La demande de travail vient des entreprises : elle dépend de la PRODUCTIVITÉ du travail et de son COÛT (salaire brut plus cotisations patronales).
L’offre de travail vient des ménages : elle dépend du salaire, mais aussi de la démographie, de l’âge de départ à la retraite, des prestations sociales et des préférences.
Le salaire minimum (SMIC en France) fixe un plancher. Il protège les bas revenus ; s’il est trop élevé au regard de la productivité des moins qualifiés, il peut réduire leur embauche. D’où les allègements de cotisations sur les bas salaires.
Le SALAIRE RÉEL est le salaire nominal corrigé de l’inflation : c’est lui qui mesure le pouvoir d’achat.
Sur le long terme, la hausse des salaires réels suit celle de la productivité.
Ce sont les entreprises qui « demandent » du travail. Elles regardent ce qu’un salarié produit et ce qu’il leur coûte (salaire brut plus cotisations de l’employeur).
Ce sont les ménages qui « offrent » leur travail. Cela dépend du salaire, mais aussi du nombre d’habitants, de l’âge de la retraite, des aides et des choix de vie.
Le SMIC fixe un salaire minimum. Il protège les petits salaires. S’il est trop haut par rapport à ce que produisent les moins qualifiés, il peut freiner leur embauche. C’est pour ça que l’État baisse les cotisations sur les bas salaires.
Le salaire réel, c’est le salaire corrigé de la hausse des prix. C’est lui qui dit ce que tu peux vraiment acheter.
Sur le long terme, les salaires réels montent au rythme de ce que chaque salarié produit.
Exemple concret
Un vendeur payé au SMIC coûte à Léa environ 1 867 € brut par mois, plus des cotisations patronales en grande partie allégées à ce niveau de salaire. Si ce vendeur supplémentaire permet de servir 60 clients de plus chaque samedi et d’éviter les files d’attente qui faisaient fuir la clientèle, l’embauche est rentable. Karim, lui, touche environ 1 478 € net : c’est ce qui compte pour son budget.
Un vendeur au SMIC coûte à Léa environ 1 867 € brut par mois, plus des cotisations d’employeur en grande partie réduites à ce niveau de salaire. Si ce vendeur en plus permet de servir 60 clients de plus chaque samedi, et d’éviter les files d’attente qui faisaient partir les clients, l’embauche vaut le coup. Karim, lui, touche environ 1 478 € net : c’est ce qui compte pour son budget.
Vocabulaire
Salaire minimum : Rémunération horaire plancher fixée par la loi (SMIC), revalorisée au moins chaque 1er janvier, et automatiquement en cours d’année dès que les prix payés par les ménages modestes ont augmenté d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation.
Productivité : Quantité produite par heure ou par personne employée.
Coût du travail : Ensemble de ce que paie l’employeur : salaire brut, cotisations patronales, et autres charges liées à l’emploi.
Salaire réel : Salaire nominal corrigé de la hausse des prix, mesurant le pouvoir d’achat.
Salaire minimum : Le salaire horaire le plus bas autorisé par la loi (le SMIC). Il est relevé au moins chaque 1er janvier, et automatiquement en cours d’année dès que les prix payés par les ménages modestes ont monté d’au moins 2 % depuis la dernière hausse.
Productivité : Ce qu’on produit en une heure ou par personne.
Coût du travail : Tout ce que paie l’employeur : salaire brut, cotisations et autres frais liés à l’emploi.
Salaire réel : Le salaire corrigé de la hausse des prix. Il dit ce que tu peux vraiment acheter.
Les chiffres à connaître
12,31 € brut de l’heure, 1 867,02 € brut par mois, environ 1 477,93 € net : SMIC depuis le 1er juin 2026, après une revalorisation automatique de 2,41 % déclenchée par l’inflation. Revalorisation du 1er juin 2026.
8,3 % de chômage au 2e trimestre 2026 (2,7 millions de personnes), en hausse de 0,7 point sur un an ; taux d’emploi des 15-64 ans : 69,0 %. INSEE, août 2026.
12,31 € brut de l’heure, 1 867,02 € brut par mois, environ 1 477,93 € net : le SMIC depuis le 1er juin 2026, après une hausse automatique de 2,41 % due à l’inflation. Revalorisation du 1er juin 2026.
8,3 % de chômage au 2e trimestre 2026 (2,7 millions de personnes), soit 0,7 point de plus qu’un an avant. 69,0 % des 15-64 ans ont un emploi. INSEE, août 2026.
Ce qu'en disent les économistes
Pour les néoclassiques, le chômage vient d’un salaire bloqué au-dessus de l’équilibre. David Card et Alan Krueger (1994) montrent pourtant qu’une hausse du salaire minimum dans le New Jersey n’a pas réduit l’emploi dans la restauration rapide, ce qui a relancé le débat (Nobel de Card en 2021). Pour Keynes, le chômage vient d’abord d’une demande insuffisante, pas d’un salaire trop élevé.
Pour les économistes « néoclassiques », il y a du chômage quand le salaire est bloqué trop haut. Mais David Card et Alan Krueger (1994) ont montré qu’une hausse du salaire minimum dans le New Jersey n’avait pas fait baisser l’emploi dans les fast-foods. Card a reçu le prix Nobel en 2021 pour ces travaux. Pour Keynes, le chômage vient surtout d’un manque de demande, pas d’un salaire trop élevé.
Piège / à ne pas confondre
Brut, net et super-brut : le salarié raisonne en net, l’employeur en coût total. Une hausse du SMIC brut ne se traduit donc ni à l’identique sur la fiche de paie, ni à l’identique dans le coût de l’entreprise. Et un salaire nominal qui monte peut cacher un salaire réel qui baisse si l’inflation va plus vite.
Brut, net et coût total : le salarié pense en net, l’employeur en coût total. Une hausse du SMIC brut ne donne donc pas la même hausse sur la fiche de paie, ni dans le coût pour l’entreprise. Et un salaire qui monte peut cacher un pouvoir d’achat qui baisse, si les prix montent plus vite.
Pour anticiper
Surveille l’écart entre hausse des salaires et inflation : s’il est négatif, le pouvoir d’achat recule et la consommation ralentit. C’est ce qui s’est produit au 2e trimestre 2026 (pouvoir d’achat par unité de consommation −0,6 %). Surveille aussi l’intérim et les heures travaillées : ils réagissent avant l’emploi total.
Compare la hausse des salaires et celle des prix. Si les prix vont plus vite, le pouvoir d’achat baisse et les gens consomment moins. C’est ce qui s’est passé au 2e trimestre 2026 (pouvoir d’achat par personne −0,6 %). Regarde aussi l’intérim et les heures travaillées : ils bougent avant l’emploi total.
À retenir
Demande de travail = productivité comparée au coût du travail. Salaire = revenu et coût. SMIC : plancher protecteur, débat sur l’emploi peu qualifié. Pouvoir d’achat = salaire réel.
Une entreprise embauche si le salarié rapporte plus qu’il ne coûte. Le salaire est à la fois un revenu et un coût. Le SMIC protège, mais son niveau fait débat pour l’emploi des moins qualifiés. Ce qui compte pour ton budget, c’est le salaire corrigé des prix.