Les retraites
Fil conducteur
Mme Le Goff, fidèle cliente de Léa, est retraitée. Sa pension est payée par les cotisations de Karim et de millions d'actifs d'aujourd'hui. Qui paiera celle de Karim ?
En une phrase
Le système de retraite français fonctionne principalement par RÉPARTITION : les cotisations des actifs financent immédiatement les pensions des retraités, ce qui rend son équilibre dépendant du rapport entre cotisants et retraités.
En France, les retraites marchent surtout par « répartition » : ce que paient les actifs aujourd’hui sert tout de suite à payer les pensions des retraités d’aujourd’hui. L’équilibre dépend donc du nombre de cotisants par rapport au nombre de retraités.
Pourquoi c'est important
Les retraites sont le premier poste de la protection sociale (environ 14 % du PIB). Elles sont au cœur de conflits politiques et sociaux répétés (1995, 2003, 2010, 2019-2020, 2023). Leur équilibre dépend de la démographie, de l’emploi, de la productivité et des choix sur l’âge de départ, le niveau des pensions et les cotisations.
Les retraites sont la plus grosse dépense sociale (environ 14 % du PIB). Elles provoquent régulièrement de grands conflits (1995, 2003, 2010, 2019-2020, 2023). Leur équilibre dépend du nombre de naissances, de l’emploi, de la productivité, et de choix sur l’âge de départ, le montant des pensions et les cotisations.
Comment ça marche
- RÉPARTITION : les cotisations de l’année paient les pensions de l’année ; la solidarité est entre générations. CAPITALISATION : chacun épargne pour sa propre retraite, placée sur les marchés.
- Trois leviers pour équilibrer la répartition : le montant des pensions, le niveau des cotisations, et la durée d’activité (âge légal, durée d’assurance requise).
- Le RAPPORT DÉMOGRAPHIQUE (cotisants par retraité) diminue avec l’arrivée à la retraite des générations nombreuses du baby-boom, l’allongement de l’espérance de vie et la baisse de la fécondité.
- Deux conditions : l’ÂGE LÉGAL (âge minimal de départ) et la DURÉE D’ASSURANCE (nombre de trimestres pour le taux plein, sans décote).
- La réforme de 2023 portait progressivement l’âge légal de 62 à 64 ans. La loi de financement de la sécurité sociale pour 2026 l’a suspendue : pour les départs à compter du 1er septembre 2026, l’âge et la durée sont figés à un niveau intermédiaire (62 ans et 9 mois et 170 trimestres pour la génération 1964).
- La répartition : ce qu’on cotise cette année paie les pensions de cette année ; les générations sont solidaires. La capitalisation : chacun met de côté pour sa propre retraite, et cet argent est placé.
- Trois manettes pour équilibrer : le montant des pensions, le niveau des cotisations, et le temps passé à travailler (âge minimum, nombre de trimestres).
- Il y a de moins en moins de cotisants par retraité : les enfants du baby-boom partent à la retraite, on vit plus longtemps et il naît moins d’enfants.
- Deux conditions pour partir : l’âge minimum légal, et le nombre de trimestres cotisés pour avoir une pension complète.
- La réforme de 2023 devait faire passer l’âge minimum de 62 à 64 ans petit à petit. Le budget de la Sécurité sociale pour 2026 l’a suspendue : pour les départs à partir du 1er septembre 2026, l’âge et la durée sont bloqués à un niveau intermédiaire (62 ans et 9 mois et 170 trimestres pour les personnes nées en 1964).
Exemple concret
Mme Le Goff touche sa pension grâce aux cotisations versées ce mois-ci par Karim, Léa et tous les actifs. Quand Karim partira, dans une quarantaine d’années, sa pension dépendra du nombre de cotisants à ce moment-là et de leurs salaires. Si la France compte moins de naissances et plus de retraités, il faudra soit cotiser plus, soit partir plus tard, soit accepter des pensions relativement plus faibles, ou un mélange des trois.
Mme Le Goff touche sa pension grâce à ce que cotisent ce mois-ci Karim, Léa et tous les actifs. Quand Karim partira, dans une quarantaine d’années, sa pension dépendra du nombre de cotisants à ce moment-là et de leurs salaires. S’il y a moins de naissances et plus de retraités, il faudra cotiser plus, partir plus tard, ou accepter des pensions un peu plus faibles, ou un peu des trois.
Vocabulaire
- Répartition : Système où les cotisations des actifs financent directement les pensions des retraités de la même période.
- Capitalisation : Système où chaque assuré accumule une épargne placée qui financera sa propre pension.
- Âge légal : Âge minimal à partir duquel un assuré peut demander sa retraite.
- Durée d’assurance : Nombre de trimestres requis pour obtenir une pension à taux plein, sans décote.
- Rapport démographique : Nombre de cotisants rapporté au nombre de retraités.
- Répartition : Les cotisations des actifs paient directement les pensions des retraités du moment.
- Capitalisation : Chacun met de l’argent de côté, placé, qui paiera sa propre retraite.
- Âge légal : L’âge minimum pour pouvoir partir à la retraite.
- Durée d’assurance : Le nombre de trimestres cotisés qu’il faut pour avoir une pension complète.
- Rapport démographique : Le nombre de cotisants pour un retraité.
Les chiffres à connaître
- 14,1 % du PIB : dépenses de retraite en 2025 ; déficit du système de 5,1 Md€ (0,2 % du PIB). Conseil d’orientation des retraites, rapport de juin 2026.
- 62 ans et 9 mois, 170 trimestres : conditions pour la génération 1964 après la suspension de la réforme, applicable aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026. Loi de financement de la sécurité sociale pour 2026.
- 22,2 % de la population a 65 ans ou plus au 1er janvier 2026, presque autant que les moins de 20 ans (22,5 %) ; fécondité : 1,56 enfant par femme en 2025. INSEE, bilan démographique 2025.
- 14,1 % du PIB : ce que coûtent les retraites en 2025. Il manque 5,1 Md€ au système (0,2 % du PIB). Conseil d’orientation des retraites, rapport de juin 2026.
- 62 ans et 9 mois, 170 trimestres : les conditions pour les personnes nées en 1964 après la suspension de la réforme, pour les départs à partir du 1er septembre 2026. Budget de la Sécurité sociale pour 2026.
- 22,2 % des habitants ont 65 ans ou plus au 1er janvier 2026, presque autant que les moins de 20 ans (22,5 %). 1,56 enfant par femme en 2025. INSEE, bilan démographique 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Paul Samuelson (1958) montre que la répartition rapporte l’équivalent de la croissance de la masse salariale, quand la capitalisation rapporte le rendement du capital. Les partisans de la capitalisation soulignent ce rendement plus élevé ; ses critiques rappellent son exposition aux krachs et la « double charge » d’une transition, où une génération devrait financer à la fois les pensions en cours et sa propre épargne.
Paul Samuelson (1958) explique que la répartition rapporte à peu près la croissance des salaires, alors que la capitalisation rapporte ce que rapportent les placements. Les partisans de la capitalisation mettent en avant ce rendement plus élevé. Ses critiques rappellent qu’elle est exposée aux krachs, et que passer de l’une à l’autre obligerait une génération à payer deux fois : les pensions actuelles et sa propre épargne.
Piège / à ne pas confondre
L’âge légal n’est pas l’âge du taux plein : on peut partir à l’âge légal avec une décote si l’on n’a pas assez de trimestres, et le taux plein est automatique à 67 ans. Et un déficit du système de retraite ne signifie pas que les pensions ne seront pas versées : il est comblé par l’emprunt ou des transferts.
L’âge légal n’est pas l’âge de la pension complète : on peut partir à l’âge légal avec une pension réduite si on n’a pas assez de trimestres. À 67 ans, la pension complète est automatique. Et un déficit des retraites ne veut pas dire que les pensions ne seront pas payées : il est comblé par des emprunts ou d’autres financements.
Pour anticiper
La suspension de la réforme repousse le débat mais ne le règle pas : les projections du Conseil d’orientation des retraites (publiées chaque juin) montrent des déficits durables. Surveille l’emploi des seniors, la fécondité et la productivité : ce sont eux, plus encore que l’âge légal, qui déterminent l’équilibre de long terme.
La suspension de la réforme repousse le débat sans le régler : les prévisions du Conseil d’orientation des retraites (publiées chaque juin) montrent des déficits qui durent. Surveille l’emploi des plus de 55 ans, les naissances et la productivité : ce sont eux, plus que l’âge légal, qui décident de l’équilibre à long terme.
À retenir
Répartition : actifs d’aujourd’hui → retraités d’aujourd’hui. Leviers : pensions, cotisations, durée d’activité. Rapport démographique en baisse. Réforme 2023 suspendue en 2026 (62 ans 9 mois pour la génération 1964).
Les actifs d’aujourd’hui paient les retraités d’aujourd’hui. Pour équilibrer : pensions, cotisations ou âge de départ. Il y a de moins en moins de cotisants par retraité. La réforme de 2023 est suspendue depuis 2026.