La croissance et ses sources
Fil conducteur
Il y a trente ans, une boulangerie comme celle de Léa produisait moins de pain par heure : pas de pétrin moderne, pas de four programmable, pas de logiciel de caisse. C'est ce genre de progrès qui, cumulé, enrichit un pays.
En une phrase
À long terme, la croissance d’une économie dépend de trois choses : la quantité de travail, la quantité de capital et, surtout, l’efficacité avec laquelle on les combine, portée par le PROGRÈS TECHNIQUE.
À long terme, un pays s’enrichit de trois façons : plus de gens au travail, plus de machines, et surtout une meilleure façon de s’en servir, grâce aux progrès techniques.
Pourquoi c'est important
Un écart de croissance qui paraît minime change tout sur une génération : à 2 % par an, le PIB double en 35 ans ; à 1 %, en 70 ans. La croissance de long terme finance les retraites, la santé, la transition écologique et le remboursement des dettes. C’est la question économique la plus importante, et la plus difficile.
Une petite différence de croissance change tout sur une vie. À 2 % par an, la production double en 35 ans. À 1 %, il faut 70 ans. C’est la croissance qui paie les retraites, la santé, la transition écologique et les dettes. C’est la question la plus importante en économie, et la plus difficile.
Comment ça marche
- Croissance = contribution du TRAVAIL (population active, heures) + contribution du CAPITAL (machines, bâtiments, logiciels) + PRODUCTIVITÉ GLOBALE DES FACTEURS.
- Les rendements du capital sont décroissants : accumuler des machines ne suffit pas à croître indéfiniment. Seul le progrès technique permet une croissance durable du niveau de vie.
- Le CAPITAL HUMAIN (éducation, formation, santé) rend le travail plus productif.
- Les institutions comptent : droits de propriété, stabilité juridique, concurrence, qualité de l’administration.
- La CROISSANCE POTENTIELLE est celle que l’économie peut atteindre durablement sans tensions inflationnistes. En France, elle a nettement ralenti depuis les années 1970, avec la productivité.
- La croissance vient de trois sources : plus de travail (plus d’actifs, plus d’heures), plus de capital (machines, bâtiments, logiciels), et une meilleure efficacité de l’ensemble.
- Ajouter toujours plus de machines rapporte de moins en moins. Seul le progrès technique permet de s’enrichir durablement.
- Le capital humain (études, formation, santé) rend chaque travailleur plus productif.
- Les règles comptent aussi : droit de propriété, justice fiable, concurrence, administration efficace.
- La croissance potentielle, c’est la vitesse que l’économie peut tenir longtemps sans faire flamber les prix. En France, elle a beaucoup ralenti depuis les années 1970, en même temps que la productivité.
Exemple concret
Léa remplace son vieux four par un four à sole programmable : même personnel, mais 20 % de fournées en plus par jour et moins de pertes. Karim suit une formation de pâtissier : il peut produire des gâteaux à plus forte valeur ajoutée. Ni l’une ni l’autre ne travaillent plus d’heures, mais la valeur ajoutée par heure augmente. Multipliée par des millions d’entreprises, c’est la croissance de la productivité.
Léa remplace son vieux four par un four programmable : même équipe, mais 20 % de fournées en plus par jour et moins de pertes. Karim suit une formation de pâtissier : il peut faire des gâteaux qui rapportent plus. Aucun des deux ne travaille plus longtemps, mais chaque heure rapporte plus. Répété dans des millions d’entreprises, c’est ça, la hausse de la productivité.
Vocabulaire
- Croissance potentielle : Rythme de croissance soutenable à moyen terme, compte tenu des facteurs de production disponibles, sans accélération de l’inflation.
- Productivité globale des facteurs : Part de la croissance qui n’est expliquée ni par le travail ni par le capital (le « résidu de Solow ») ; elle mesure le progrès technique et organisationnel.
- Capital humain : Ensemble des connaissances, compétences et de la santé qui rendent une personne productive.
- Progrès technique : Amélioration des procédés, des produits et de l’organisation permettant de produire plus ou mieux avec les mêmes ressources.
- Croissance potentielle : La croissance qu’un pays peut tenir durablement avec ses moyens, sans faire flamber les prix.
- Productivité globale des facteurs : La part de la croissance qui ne vient ni de plus de travail ni de plus de machines. C’est le progrès technique et la meilleure organisation.
- Capital humain : Les connaissances, les savoir-faire et la santé qui rendent une personne productive.
- Progrès technique : Tout ce qui permet de produire plus ou mieux avec les mêmes moyens : nouvelles machines, nouveaux produits, meilleure organisation.
Les chiffres à connaître
- ≈ 5 % par an : croissance moyenne de la France pendant les Trente Glorieuses (1945-1975), portée par la reconstruction, le rattrapage technologique et l’exode rural. INSEE, séries longues.
- + 0,9 % en 2025 et + 0,4 % prévu pour 2026 : la croissance française récente, bien en dessous de ce rythme. INSEE, comptes 2025 et Note de conjoncture de septembre 2026.
- 70 ÷ taux de croissance : nombre approximatif d’années pour doubler (règle de 70). À 1 %, 70 ans ; à 2 %, 35 ans. Règle de calcul.
- ≈ 5 % par an : la croissance moyenne de la France pendant les Trente Glorieuses (1945-1975), grâce à la reconstruction, au rattrapage technique et au départ des campagnes vers les villes. INSEE, séries longues.
- + 0,9 % en 2025 et + 0,4 % prévu pour 2026 : la croissance française récente, bien plus faible. INSEE, comptes 2025 et Note de conjoncture de septembre 2026.
- 70 ÷ taux de croissance : le nombre d’années qu’il faut, à peu près, pour doubler. À 1 %, 70 ans ; à 2 %, 35 ans. Règle de calcul.
Ce qu'en disent les économistes
Robert Solow (1956) montre que l’accumulation de capital seule ne peut pas soutenir la croissance : le progrès technique est déterminant, mais son modèle ne l’explique pas. Paul Romer (Nobel 2018) le rend « endogène » : les idées, non rivales, se diffusent et s’accumulent grâce à la recherche et à l’éducation. Philippe Aghion (Nobel 2025, avec Peter Howitt et Joel Mokyr) modélise la croissance par la destruction créatrice de Schumpeter.
Robert Solow (1956) montre qu’accumuler des machines ne suffit pas à croître longtemps : il faut du progrès technique, mais son modèle ne dit pas d’où il vient. Paul Romer (prix Nobel 2018) explique que les idées, que tout le monde peut utiliser en même temps, s’accumulent grâce à la recherche et à l’école. Philippe Aghion (prix Nobel 2025, avec Peter Howitt et Joel Mokyr) décrit la croissance comme un remplacement permanent des vieilles entreprises par des plus innovantes.
Piège / à ne pas confondre
Croissance et développement ne sont pas synonymes : le développement inclut santé, éducation, institutions et répartition. Et une croissance forte une année (rebond après une crise) ne dit rien de la croissance potentielle, qui se juge sur longue période.
Croissance et développement, ce n’est pas pareil : le développement inclut aussi la santé, l’éducation, les institutions et le partage des richesses. Et une forte croissance sur un an (un rebond après une crise) ne dit rien de la vitesse de long terme.
Pour anticiper
Les grands déterminants de la croissance future sont lents mais prévisibles : démographie (la population active française va peu augmenter), niveau d’éducation, investissement en recherche, diffusion des nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle. Une révolution technologique met souvent des années avant de se voir dans les chiffres de productivité.
Ce qui fera la croissance future bouge lentement, mais se prévoit : la démographie (le nombre d’actifs en France va peu augmenter), le niveau d’études, la recherche, la diffusion de technologies comme l’intelligence artificielle. Une révolution technique met souvent des années avant de se voir dans les chiffres.
À retenir
Croissance = travail + capital + productivité globale des facteurs. Le capital a des rendements décroissants ; seul le progrès technique soutient durablement la croissance du niveau de vie. Règle de 70 pour le temps de doublement.
La croissance vient du travail, des machines, et surtout du progrès technique. Ajouter des machines rapporte de moins en moins. Seul le progrès enrichit durablement. Pour savoir en combien d’années on double : 70 divisé par le taux de croissance.