La demande globale et le multiplicateur
Fil conducteur
La mairie de Rennes commande à Léa les buffets de toutes ses cérémonies de l'année. Léa embauche un pâtissier, qui dépense une partie de son salaire chez le boucher, qui achète un nouveau vélo…
En une phrase
Selon Keynes, à court terme, c’est la DEMANDE GLOBALE (consommation, investissement, dépenses publiques, exportations nettes) qui détermine la production ; une dépense supplémentaire augmente le revenu de façon plus que proportionnelle grâce à l’effet MULTIPLICATEUR.
Pour Keynes, à court terme, c’est ce que tout le monde achète qui décide de ce qu’on produit. Et une dépense en plus fait grimper les revenus de plus que son propre montant, car elle se transmet de main en main.
Pourquoi c'est important
C’est le fondement des politiques de relance : si la demande s’effondre, l’État peut la soutenir. Le multiplicateur mesure l’efficacité de ces politiques, et aussi le coût des politiques de rigueur, qui réduisent la demande. Sa valeur réelle est l’un des grands débats de la macroéconomie.
C’est la base des plans de relance : si les achats s’effondrent, l’État peut prendre le relais. Le multiplicateur dit si ces plans marchent bien. Il dit aussi combien coûtent les plans d’économies, qui font baisser les achats. Combien il vaut vraiment est un grand débat entre économistes.
Comment ça marche
- Demande globale = consommation des ménages + investissement + dépenses publiques + exportations − importations.
- La PROPENSION MARGINALE À CONSOMMER (c) est la part d’un euro de revenu supplémentaire qui est dépensée. Le reste est épargné, payé en impôts ou dépensé en importations (des « fuites »).
- Chaque euro dépensé devient un revenu, dont une partie c est redépensée, et ainsi de suite. Multiplicateur simple : k = 1 / (1 − c). Avec c = 0,8, k = 5.
- En économie ouverte, avec impôts et importations, les fuites sont plus importantes et le multiplicateur plus faible, souvent estimé autour de 1 ou moins.
- L’EFFET D’ÉVICTION : si l’État emprunte massivement, les taux d’intérêt peuvent monter et réduire l’investissement privé, ce qui diminue l’effet de la relance.
- La demande globale, c’est tout ce qui est acheté : la consommation des ménages, l’investissement, les dépenses publiques, et les exportations moins les importations.
- La propension marginale à consommer, c’est la part d’un euro gagné en plus que tu dépenses. Le reste part en épargne, en impôts ou en achats à l’étranger : ce sont des « fuites ».
- Chaque euro dépensé devient le revenu de quelqu’un, qui en redépense une partie, et ainsi de suite. Le multiplicateur simple vaut 1 / (1 − c). Si on dépense 80 % de chaque euro, il vaut 5.
- Dans la réalité, avec les impôts et les achats à l’étranger, les fuites sont grandes et le multiplicateur plus petit, souvent autour de 1 ou moins.
- L’effet d’éviction : si l’État emprunte beaucoup, les taux peuvent monter et les entreprises investir moins. La relance marche alors moins bien.
Exemple concret
La commande de la mairie rapporte 20 000 € à Léa. Si chacun redépensait 80 % de ce qu’il reçoit, la chaîne créerait en théorie 100 000 € de revenus. Mais Léa épargne une partie, paie des cotisations et de la TVA, le pâtissier achète un vélo fabriqué en Asie : à chaque étape, une fraction sort du circuit national. L’effet réel est beaucoup plus modeste.
La commande de la mairie rapporte 20 000 € à Léa. Si chacun redépensait 80 % de ce qu’il touche, cela créerait en théorie 100 000 € de revenus. Mais Léa en met de côté, paie des cotisations et de la TVA, et le pâtissier achète un vélo fabriqué en Asie. À chaque étape, une partie de l’argent sort du pays. L’effet réel est bien plus petit.
Vocabulaire
- Demande globale : Somme des dépenses adressées à l’économie nationale : consommation, investissement, dépenses publiques et exportations nettes.
- Multiplicateur : Rapport entre la variation du revenu national et la variation de dépense autonome qui l’a provoquée.
- Propension marginale à consommer : Part d’un revenu supplémentaire consacrée à la consommation.
- Effet d’éviction : Réduction de la dépense privée provoquée par la hausse de la dépense publique, via la hausse des taux d’intérêt.
- Demande globale : Tout ce qui est acheté dans le pays : consommation, investissement, dépenses publiques, et exportations moins importations.
- Multiplicateur : Combien de revenus en plus crée un euro de dépense en plus.
- Propension marginale à consommer : La part d’un euro gagné en plus que l’on dépense.
- Effet d’éviction : Quand les dépenses de l’État font monter les taux et font reculer les dépenses des entreprises.
Les chiffres à connaître
- 17,2 % : taux d’épargne des ménages français au 2e trimestre 2026 (17,9 % en moyenne en 2025) : près d’un euro sur six n’est pas dépensé. INSEE, résultats détaillés du 2e trimestre 2026.
- + 0,4 % : croissance de la consommation des ménages en volume en 2025, principal moteur de la demande. INSEE, comptes de la Nation 2025.
- 17,2 % : la part de leurs revenus que les ménages français ont épargnée au 2e trimestre 2026 (17,9 % en 2025). Près d’un euro sur six n’est pas dépensé. INSEE, résultats détaillés du 2e trimestre 2026.
- + 0,4 % : la hausse de la consommation des ménages en 2025, hors hausse des prix. C’est le principal moteur des achats. INSEE, comptes de la Nation 2025.
Ce qu'en disent les économistes
Richard Kahn formalise le multiplicateur en 1931, Keynes l’intègre à sa Théorie générale (1936). Les économistes classiques et, plus tard, Robert Barro (« équivalence ricardienne », 1974) objectent que les ménages anticipent les impôts futurs nécessaires pour rembourser la dette et épargnent davantage, ce qui neutralise la relance. Les études empiriques trouvent des multiplicateurs plus forts en récession qu’en période normale.
Richard Kahn décrit le multiplicateur en 1931, et Keynes le reprend en 1936. D’autres économistes, dont Robert Barro (1974), objectent que les ménages savent qu’il faudra un jour payer plus d’impôts pour rembourser la dette : ils épargnent donc davantage, et la relance tombe à plat. Les études trouvent que le multiplicateur est plus fort pendant les récessions qu’en temps normal.
Piège / à ne pas confondre
Le multiplicateur joue dans les deux sens : une baisse de dépense publique réduit le revenu de plus que son montant, ce qui peut rendre la réduction du déficit plus difficile que prévu. Autre piège : une relance dans une économie très ouverte profite en partie aux producteurs étrangers.
Le multiplicateur marche dans les deux sens. Si l’État dépense moins, les revenus baissent de plus que le montant économisé, et réduire le déficit devient plus dur que prévu. Autre piège : dans un pays qui importe beaucoup, une relance profite en partie aux usines étrangères.
Pour anticiper
Quand un budget annonce des économies importantes (comme les 54 Md€ d’économies évoqués pour 2027), attends-toi à un frein sur la croissance à court terme, d’autant plus fort que l’économie est déjà faible. Le taux d’épargne des ménages est le paramètre à suivre : s’il reste élevé, la demande reste molle.
Quand un budget annonce de grosses économies (comme les 54 Md€ évoqués pour 2027), attends-toi à ce que la croissance ralentisse à court terme, surtout si l’économie est déjà faible. Surveille l’épargne des ménages : si elle reste haute, les achats restent faibles.
À retenir
Demande globale = C + I + G + X − M. Multiplicateur simple k = 1/(1 − c). Fuites (épargne, impôts, importations) et effet d’éviction le réduisent. Il joue aussi à la baisse.
Ce qu’on achète décide de ce qu’on produit à court terme. Une dépense se transmet de main en main et crée plus de revenus que son montant. L’épargne, les impôts et les importations freinent cet effet. Il marche aussi à l’envers.